Pour écrire ce spectacle personnel, dans la veine de Nouveau Roman (2012), Honoré s’est beaucoup documenté, a repris des textes des uns et des autres, imbriqué dans son écriture des improvisations de ses interprètes. Des monologues s’insèrent dans l’écriture chorale de la pièce, dans une ébullition des esprits et des frémissements charnels. Le spectacle oscille entre le grave et l’incongru, les échanges caustiques et les scènes poignantes.
Théâtre
Derrière celui de Nina Simone, David Lescot dessine un autre portrait, celui de Ludmilla Dabo. Fin questionneur, Lescot s’adresse tantôt à la chanteuse, tantôt à la comédienne, tenant un fil qu’il ne lâche jamais et laissant transparaître, derrière la figure de la chanteuse et militante iconique, celle de la jeune comédienne.
Sur le thème du deuil intime, du regard des autres, la pièce de l’Américain David Lindsay-Abaire (récompensée par le prix Pulitzer Théâtre en 2007), quoique d’une certaine pertinence, apparaît démonstrative, lisse et plutôt convenue. L’adaptation de Marc Lesage (1) en garde le contexte, celui d’un milieu américain bon teint
La dernière création de Samuel Achache associe des chants anglais du XVIIe siècle, superbement interprétés par l’Ensemble Correspondances, à la dérive d’une cérémonie de mariage. Cette évanescence de l’instant théâtral s’appuie sur une qualité musicale absolue, assurée par la direction de Sébastien Daucé, avec l’Ensemble Correspondances, qui sortent de l’oubli ce répertoire méconnu et font sensiblement résonner les instruments anciens (théorbe, luth, violes, virginal).
André Dussollier ne se contente pas d’une lecture. Avec Pierre-François Limbosch, il crée un spectacle qui tient du livre d’images déroulé sur fond de toiles peintes. Présent sur la scène, un quatuor d’interprètes illustre l’arrière-fond musical du texte
« Nous sommes frères jumeaux et milliardaires et nous nous entendons très bien, c’est rare ». A partir de cette gémellité et de cette réussite fulgurante (issus d’un milieu pauvre, ils sont devenus la dixième fortune de Grande-Bretagne), Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre a écrit un texte tranchant, vif et net, sur le capitalisme. « Discrétion et secret », telle est la devise des deux milliardaires.
Parabole forte et poétique sur l’aveuglement («la vue, ça te retourne un homme ») et la fausseté des apparences, la pièce de Synge (1871-1909), dont on connaît surtout en France Le baladin du monde occidental, est portée par la force de ses personnages archaïques, la beauté de la langue, étrange, magnifique, à couper le souffle. La traduction de Noëlle Renaude en restitue la singularité, les soubresauts, les chaos.
Intellectuel, journaliste au Nouvel Observateur (sous le nom de Michel Bosquet), écrivain, penseur ami de Sartre, André Gorz écrit en 2006 Lettre à D, le récit éblouissant de son amour pour sa femme Doreen, rencontrée en Suisse en 1947. Parce qu’aucun des deux ne veut survivre à l’autre, parce que Doreen souffre depuis des années d’un mal incurable, ils se suicideront. Rien de tragique pour autant dans le spectacle écrit par Geselson, entre réel et fiction.
L’écrivain, prix Nobel de littérature 2015, dit regarder son pays « comme une littéraire et non pas en historienne ». Sur scène, Vera Ermakova, comédienne russe vivant en France, reprend ses mots, dans l’adaptation du roman par Stéphanie Loïk qui a redécoupé cette parole plurielle, délivrée sur scène comme par un seul corps composé de neuf interprètes passeurs d’histoire.
On est en 1948. Pour son ouverture, le Théâtre de la Huchette affiche une comédie musicale, Au diable vauvert. Les répétitions vont commencer. Pierre, metteur en scène, et sa femme Colette essayent de faire entrer le décor sur la scène.









