Derrière son titre : la joie, c’est un spectacle de deuil que donne à voir Pippo Delbono, celui de Bobo, le fidèle compagnon de route décédé l’hiver dernier. Bobo, personnage à part, microcéphale, rencontré dans un asile psychiatrique en1996, et dont la présence irradia tous ses spectacles. La présence de Bobo hante le plateau, tant « il portait en lui le sens profond du théâtre ». Comment concilier la perte et la joie ? Bobo n’est plus là, mais tous ses autres fidèles cabossés de la vie sont présents
Théâtre
Entre master class donnée par Rothko, considérations sur les différentes formes picturales, son admiration pour certains, le rejet des nouveaux venus (Andy Warhol, Roy Lichtenstein,…) et encore les rapports entre l’art et le commerce, la pièce soulève de nombreuses interrogations. Le peintre, pour qui «il y a une tragédie dans chaque coup de pinceau », voit ses contradictions mises à mal par son assistant.
Comme toujours, Feydeau se joue des convenances, met à mal le garde-fou des apparences et sauve, globalement, la morale. Tout cela sans compter avec le rire, formidable machine à jouer actionnée par l’auteur avec un art consommé. Les personnages et leurs rapports sont rapidement identifiés, cernés, reste à mettre en place et accélérer la mécanique. En cela, l’auteur de vaudeville est maître et la Comédie-Française lui doit parmi ses plus grands succès. Cette fois-ci encore, avec la mise en scène de Lilo Baur qui emprunte le pas vif de l’écriture et se saisit des rebondissements.
Valère Novarina écrit comme il peint, par jaillissements de la pensée, du geste. Il prend l’écriture, comme la peinture, à bras le corps et travaille les variations comme des gammes. C’est ainsi que l’on retrouve dans L’animal imaginaire des échos de certains de ses écrits antérieurs comme Le Vivier des noms, ou encore La lutte des morts. Car l’auteur insatiable cultive, comme dans un jardin, mais dans une cave, un « vivier de noms » soigneusement comptabilisés.
L’aventure entamée en 2016 se poursuit, la tâche n’est pas terminée pour le duo qui a entrepris d’examiner « un à un tous les mots de notre langue maternelle, de l’explorer comme s’il s’agissait d’une langue étrangère ». Certes, tout ce qu’ils disent, nous le savons déjà (et de faire défiler l’antienne sur une bande lumineuse), mais à les entendre se disputer le « je », on entre vite dans leur jeu. Car « sitôt que je m’y trouve, ailleurs devient ici. »
Deux couples sont sur le plateau, un belge, un portugais, se succèdent en scènes de rupture, dans des temps, des espaces différents : Jolente et Frank, à Anvers, Isabel et Pedro, à Lisbonne. Jolente de Keersmaeker porte une longue jupe rouge à volants, digne de l’héroïne tragique, dont elle se défait rapidement. Les situations, les paroles prononcées rencontrent les mots du roman. Le spectacle croise le semblant de réel des couples de théâtre et la fiction romanesque de Tolstoï.
Fleuron de la culture russe, le Théâtre Vakhtangov est né en 1920, fondé par Evgeny Vakhtangov, un disciple dissident du célèbre Konstantin Stanislavski, dans un hôtel particulier du XIXe siècle au cœur du Moscou historique. Depuis 2007, cette institution a trouvé un nouvel essor, sous la direction artistique de Rimas Tuminas, metteur en scène lituanien.
Le style narratif du début acquiert au fil du récit une dramaturgie, une théâtralité soulignée par l’adaptation de Joël Jouanneau et Sandrine Lanno. Les spectateurs se trouvent tantôt dans la position des élèves tantôt faisant partie des membres de la commission d’enquête. L’analyse de l’incident, poussée dans ses extrêmes par le censeur Saint-Exupéry, vire au comique, à l’absurde, au tragique.
La question de l’art contemporain n’est pour Reza qu’un prétexte habile pour observer avec acuité et une certaine ironie les relations des trois hommes, leur malaise, leur désarroi. Comme chez Nathalie Sarraute, la question de la fragilité de l’amitié, de sa déconstruction est fascinante.
La fin de l’homme rouge fait résonner les voix des témoins brisés de l’époque soviétique, voix suppliciées des goulags, voix des survivants et des bourreaux, voix encore des orphelins d’utopie qui ont cru que « ceux qui ne sont rien deviendraient tout. » L’auteure aime les voix humaines solitaires. Cette passion est partagée, relayée par Emmanuel Meirieu, pour qui le théâtre donne une présence, une vérité au témoignage. «









