Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ?

Le spectacle musical aux deux Molières 2020 est de retour au Théâtre Michel

Un spectacle autour de la figure de la grande Arletty, le pari peut paraître osé, il est agréablement relevé. Auteurs, metteure en scène et interprètes ont conjugué leurs multiples talents pour passer en revue la vie de la comédienne, disparue en 1992. Elodie Menant, coauteur avec Eric Bu, se coule dans cette personnalité hors du commun sans chercher l’imitation mais en lui imprimant un ton gouailleur. Tout commence par une question : «Si vous pouviez changer quelque chose à votre vie ? » « J’bifferai rien. J’gommerai rien. Toute la vie pareille », répond-elle, et d’enchaîner J’ai fait ça en douce. Retour en arrière sur une vie riche en surprises, avec pour ligne de conduite, toujours le même objectif : libre. De sa naissance en 1898 à sa mort, les grands moments défilent, de l’enfance modeste aux débuts dans la chanson puis au succès dans le cinéma, les rencontres décisives amicales et professionnelles (Michel Simon, Carné, Prévert…) et amoureuses (après la mort à la guerre d’un amour de jeunesse qui lui fera promettre de « n’être jamais ni veuve de guerre ni mère de soldat », son grand amour Hans, officier allemand, qui lui vaudra de faire de la prison). Sans oublier ses fameux mots d’esprit (« Pétainiste ou gaulliste ? Non, gauloise ! » « Je passe de la plus invitée à la plus évitée »).

Une interprétation épatante

La mise en scène ingénieuse et enlevée de Johanna Boyé restitue l’ambiance de l’époque, fait surgir les nombreux témoins, entremêle les scènes intimistes, les moments chantés, accompagnés au piano par Mehdi Bourayou, et les évocations furtives (une scène de Quai des Brumes, l’amitié avec Colette,…), dans le décor d’Olivier Prost, tour à tour intérieur familial, scène de cabaret, maison de couture de Paul Poiret, lieu de tournage,…) et les costumes de Marion Rebmann se prêtant astucieusement à toutes les transformations. Sans doute le texte aurait-il gagné à ne pas survoler toute la vie d’Arletty et à se concentrer sur quelques temps forts mais les interprètes emballent le spectacle. Au côté d’Elodie Menant, Céline Espérin, Marc Pistolesi et Cédric Revollon, à la fois comédiens, danseurs et chanteurs, incarnent tous les autres personnages avec une précision remarquable. Ils sont excellents.

Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ?                  * *

Théâtre Michel, 38 rue des Mathurins, Paris 8e. Tél. 01 42 65 35 02. www.theatre-michel.fr Jusqu’au 31 mai.