Concerto contre piano et orchestre

A l’Athénée, Samuel Achache et l’Ensemble La Sourde interprètent en liberté un concerto de Carl Philipp Emanuel Bach

D’où vient le mot « concerto » ? Du latin concertare, qui signifie lutter, ou de conserere, qui veut dire unir ? Ces deux définitions se trouvent rassemblées dans ce malicieux concert- spectacle conçu par Samuel Achache avec Antonin-Tri Hoang, Florent Hubert et Eve Risser. Pour Samuel Achache (Le crocodile trompeur/Didon et Enée, co-mis en scène avec Jeanne Candel, Orfeo/Je suis mort en Arcadi, Sans tambour,…), la musique est un matériau théâtral à part entière. Elle sert ici de socle à cette drôle de proposition, forme de promenade exploratoire à partir d’une œuvre, en l’occurrence le Concerto en do mineur ¾ de Carl Philipp Emanuel Bach, second fils de Jean-Sébastien Bach. Le préambule en forme d’avertissement donne le ton suscite la curiosité et, au bout d’un certain temps, l’impatience. A qui appartient la musique ? A ses interprètes ? Au chef ? D’ailleurs, qui dirige ? A voir, donc, et à entendre.

Tout est dans le « contre »

Après l’installation des membres de l’orchestre La Source, compagnie de théâtre et de musique, l’arrivée impromptue et l’installation d’une batterie, place à l’oeuvre originale de Carl Philipp Emanuel Bach. Une fois entendue la beauté de la pièce, entre baroque et classique, voici que le rideau se lève sur d’autres interprètes, que l’orchestre se redéploie, les musiciens formant différents groupes. Place alors à l’indépendance, à l’improvisation, voire à l’insurrection, et à d’autres tempos. Car les talentueux interprètes de la Sourde sont issus de différents univers et vont mêler les genres entre baroque, classique et jazz. Si rébellion il y a, contre les codes du concert et la hiérarchie entre interprètes, chefs, solistes, elle procède subtilement, par glissements successifs, dérives ou interpénétrations. Jouant sur des instruments modernes ou d’époque, théorbes, violes de gambe, cor, flûte, clarinettes, violons et violoncelles côtoyant contrebasses, batteries, saxos, trompettes et piano, les musiciens entament une série de variations et de digressions autour de l’œuvre de Carl Philipp Emanuel Bach, brillamment interprétées par tous. C’est fin, intrigant, titillant et joyeux.

Concerto contre piano et orchestre        * * *

Athénée Théâtre Louis-Jouvet, 2-4 square de l’Opéra Louis-Jouvet, Paris 9e. Téel. 01 53 05 19 19. www.athenee-theatre.com Jusqu’au 29 mars.

(photo Joseph Banderet)