Nage libre

Au Studio Hébertot, la reconnaissance tardive de trois championnes

C’est le nom d’une discipline, Nage libre, que Lisa Wurmser décline au pied de la lettre puisque ses trois héroïnes (inspirées de personnages réels), trois nageuses de compétition, ont préféré fuir et choisir la liberté plutôt que de participer aux Jeux Olympiques de 1936, à Berlin. Ainsi, grâce à leur entraîneur, auront-elles survécu, contrairement à tant d’autres. Exilées, privées de leurs récompenses, les voici de retour à Vienne, invitées, près de soixante ans plus tard, à un simulacre de cérémonie où elles se verront remettre « tous les prix qui, malgré leurs records, leur ont été injustement confisqués ». Pas d’officiels, pas d’orchestre, l’événement se passe dans le salon d’un ancien cabaret juif, L’Enfer. Première arrivée, Hannah, est accueillie par Lust, le directeur de l’endroit. Rachel la rejoint bientôt, suivie de Esther. Venues de Buenos Aires, de New York, et de Tel Aviv, les trois anciennes championnes du club Hakoah (la force, en hébreu) ne se sont pas revues depuis leur fuite. Les souvenirs affluent.

La mémoire du corps

Entre passé et présent, le texte navigue dans une forme hybride, sans susciter pleinement l’adhésion. Des photos en noir et blanc s’inscrivent en toile de fond, rappelant l’époque, et la musique d’Eric Slabiak est propice à la réminiscence des émotions d’autrefois comme des souvenirs des partenaires et des compétitions. Que deviennent les corps quand ils perdent leur vitalité et leur élément privilégié ? Pour Esther, la sensation de l’eau est encore tangible. Comme la cérémonie attendue, le texte de Lisa Wurmser ne tient pas toutes ses promesses, mais il est formidablement, et intensément, défendu par trois championnes de la scène : Francine Bergé, flamboyante, Bernadette Le Saché, tendre et gracile, Flore Lefebvre des Noëttes, puissante. Et Nicolas Struve est un monsieur Loyal impeccable.

Nage Libre     * *

Studio Hébertot, 78 bis bd des Batignolles, Paris 17e. Tél. 01 42 93 13 04. www.studiohebertot.com Jusqu’au 31 mai.

 

(photo Ludo Leleu)