La promesse de l’aube

Franck Desmedt dans les pas de Romain Gary

Roman autobiographique de Romain Gary, La promesse de l’aube est un hymne à l’amour maternel, tendre, mélancolique et teinté d’humour. Par la grâce de celle qui l’a inspiré, Mina, personnage extraordinaire, mère ô combien généreuse, jusqu’au sacrifice, parfois abusive, jusqu’à mettre son fils dans des situations embarrassantes. Adaptateur et comédien, Franck Desmedt, mis en scène par Stéphane Laporte et Dominique Scheer, ressuscite cette présence maternelle enveloppante, pesante, qui perdure au-delà de l’absence. Décor tout en sobriété, deux panneaux de bois peint, un porte-manteau, un fauteuil, une fleur blanche… « What a wonderful world », chante Louis Armstrong. On remonte les années… C’est l’arrivée en France du jeune Romain avec sa mère, en 1928. Le narrateur emboite les pas de Gary, déchire le voile des souvenirs.

Un interprète vibrant

On est à Nice. Le jeune garçon va au lycée, sa mère, souvent à court d’argent, se débrouille pour les faire vivre. Car elle a la foi chevillée à l’âme : son fils est promis à un brillant avenir, il sera un héros, ou un général, ou Gabriele d’Annunzio, pourquoi pas ambassadeur ? Tout est là, porté par l’interprétation hors pair, aiguisée, élégante, de Franck Desmedt, comédien vibrant, qui fait revivre les personnages de l’époque niçoise (Mariette, la jeune femme de ménage), les épisodes drolatiques et les moments forts (mémorable scène de l’accès au club de tennis du Parc impérial), ressuscite l’ambiance de ces années-là, sur laquelle plane l’omniprésence de la figure maternelle. Il abolit la durée du récit, le rend formidablement dynamique et vivant. Dans les lumières tamisées de Laurent Béal, il accomplit une prouesse délicate, rend palpables les sentiments. Un spectacle pétri de sensibilité et d’émotion.

La promesse de l’aube                             * * *

Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, Paris 6e. Tl. 01 45 44 57 34. www.lucernaire.fr Jusqu’au 7 novembre.

(Photo Lot)