Vertige

 

Au Musée d’Orsay, une exposition sur l’œuvre scénique de Richard Peduzzi

 

En 1979, alors qu’il réalisait les décors de Lulu, d’Alban Berg, mis en scène par Patrice Chéreau à l’Opéra de Paris, le Musée d’Orsay avait fait appel à Richard Peduzzi pour aménager l’espace du fond de nef de l’ancienne gare, et donner toute sa place à l’architecture du XIXème siècle au sein du nouveau Musée. Richard Peduzzi avait alors imaginé deux maquettes monumentales, l’une du quartier de l’Opéra en 1914, sur laquelle on peut déambuler, et une coupe de l’Opéra Garnier, à partir d’un dessin de Charles Garnier. A travers ces deux installations, Peduzzi avait pris place dans les murs. Pour les quarante ans de son ouverture, le Musée a souhaité faire de nouveau appel à l’artiste afin de renouer le dialogue entre ses collections et ses créations scéniques. Cette remise en perspective propose un éclairage nouveau sur l’univers de celui qui a commencé par la peinture et le dessin. Clémence Raynaud et Sylvie Patry, commissaires de l’exposition, mettent en exergue les correspondances entre les dessins du musée choisis avec le scénographe, sa curiosité pour l’archéologie dont il mélange les époques pour former un monde hétéroclite, et les résonances avec son travail.

Construire la peinture

Ainsi des œuvres d’Eugène Viollet-le-Duc (Le Temple de Neptune à Paestum) ou d’Hippolyte Le Bas (Prison de la Petite Roquette) témoignent de ses sources d’inspiration et renvoient à ses scénographies imposantes des créations de Patrice Chéreau, au théâtre et à l’opéra (La Dispute, Lucio Scilla, Quai Ouest, Wozzeck, De la maison des morts,…). L’architecture est omniprésente dans les créations du scénographe : tours, ruines, hauts murs, lieux désaffectés, d’enfermement,… Ces images obsédantes venues de son enfance passée au Havre, dans les décombres de la guerre, sont pour lui des éléments structurants qui imprègnent sa peinture. Sa rencontre avec Patrice Chéreau sera déterminante. Avec lui, il pourra « faire bouger les murs », « rendre les objets vivants ». Dessins, maquettes, croquis illustrent cette « force du visuel » des œuvres réalisées par les deux complices. Des extraits de captations (Phèdre, de 2003, et L’Or du Rhin, 1976) illustrent l’importance, jusqu’à l’implication, du cadre dans l’action scénique, comme l’aboutissement d’un art total.

Vertige Richard Peduzzi à Orsay       * *

Musée d’Orsay, Esplanade Valéry Giscard d’Estaing, Paris 7e. www.musee-orsay.fr Jusqu’au 17 janvier 2027.

(photo Etude pour Quai Ouest, pièce de Bernard-Marie Koltès 1985, mise en scène de Patrice Chéreau. Aquarelle et pastel, collection particulière, Atelier Peduzzi)