C’est si simple l’amour

Au Théâtre de l’Atelier, Charles Berling met en scène une pièce inédite de Lars Norén

Dans la lignée de Démons, (mis en scène par Gérard Desarthe en 1996, Thomas Ostermeier en 2010,…), cette pièce inédite du dramaturge suédois Lars Norén, tirée d’un cycle de Quatorze Pièces de mort écrites entre 1989 et 1995, plonge à nouveau dans l’enfer des relations conjugales. Ils sont ici deux couples, de retour de la première d’un spectacle dans lequel jouent Alma et Robert, comédiens, qui accueillent dans leur maison, Hedda et Jonas, des amis. Il est tard, les corps sont fatigués, le canapé profond « comme une tombe », et la boisson généreuse. C’est peu dire que, un siècle après La danse de mort d’August Strindberg, la vision est impitoyable et dérangeante, et le regard sans concession sur la violence des relations et des sentiments, la haine ayant relayé l’amour dans une furieuse mise en abyme du couple. A grandes rasades d’alcool, les échanges se font de plus en plus violents, le langage agressif, tout s’exacerbe, la situation vrille.

La tragédie du couple

Sur la scène, des spectateurs proches des comédiens assistent aux différentes reprises du combat dans la mise en scène nerveuse de Charles Berling. On pourrait dire que l’auteur joue avec les nerfs des spectateurs, poussant à bout leur résistance comme lors d’une scène de ménage sans limites. L’entreprise de démolition est radicale, le carnage barbare, chacun marchant au bord du vide. Et puis, il y a une chanson, une fleur entre les mains de Hedda (Caroline Proust), et le sentiment du tragique advient, le vertige de la solitude prend à la gorge. Tout ça pour ça ? Oui, car chez Norén, l’amour voisine avec les noirceurs de l’âme humaine, il est insondable, souvent proche de la haine. Dans un langage cru, les échanges sont saisissants de violence et d’intensité, le huis clos fonçant vers un épilogue poignant. Le quatuor de comédiens est impressionnant : Charles Berling, fiévreux, et Bérengère Warluzel, à fleur de peau, Alain Fromager, manipulateur opaque, et Caroline Proust, déchirante, qui donne à son personnage une dimension pathétique.

. A voir, en dyptique, Lost and Found, mis en scène par Charles Berling.

 

C’est si simple l’amour       * * *

Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, Paris 18e. Tél. 01 46 06 49 24. www.billeterie@theatre-atelier.com Jusqu’au 1er juillet

 

(photo Vincent Berenger)