Rapt

Au Théâtre Gérard Philipe, une spectaculaire démonstration de manipulation

Attention, prévient le Théâtre, « la pièce que vous allez voir est différente de celle qui a été annoncée. » A commencer par son titre, Ravissement, et son auteure : on connaissait la dramaturge britannique Lucy Kirkwood (Le Firmament) mais qui connaissait la Québécoise Lucie Boisdamour qui signe Rapt ? C’est le pseudo qu’a dû s’attribuer la première pour échapper à la censure du gouvernement britannique, dit-elle. Nous voici donc au royaume des poupées gigognes, et précipités dans une réalité rattrapée par le faux. Tout est trompe-l’œil si ce n’est, peut-être, la rencontre entre Noah et Céleste, qui apparaissent sur le plateau. Quoique… Quand ces deux-là se rencontrent, tout est simple et facile. L’entente est immédiate, le couple se forme, et s’installe dans un pavillon. Lui, entre différents petits boulots, diffuse des vidéos sur Internet pour alerter sur l’état de la planète. Elle est infirmière dans le service public.

Une spirale infernale

Peu à peu sourd la sensation d’être épié, surveillé, menacé,… A l’instar du complotisme, la paranoïa s’immisce en sourdine, puis creuse son sillon. Comme leur ordinateur, la vie du couple est gangrénée. C’est alors une plongée dans une histoire dont on ne saura jamais si elle est réelle ou non, racontée à la façon d’une enquête menée par l’auteure, incarnée sur scène par Anne-Lise Heimburger. Les interprètes, Andréa El Azan et Arthur Verret, vont au bout, jusqu’aux derniers instants, de cette étonnante expérience de manipulation. Avec une grande fluidité, la scénographie de Pierre Nouvel navigue entre les scènes dans la maison, les images vidéo et le récit de l’enquête en direct. Le spectateur est pris comme dans un filet, emporté dans une glissade, sans plus aucune prise sur le réel. Dans la mise en scène très maitrisée de Chloé Dabert, ce théâtre en forme d’alerte est d’une troublante efficacité.

Rapt       * * *

TGP, 59 bd Jules Guesde, 93200 Saint-Denis. Tél. 01 48 13 70 00. www.theatregerardphilipe.com Jusqu’au 22 mars. Grrranit, Belfort, 9 avril.

(photo Victor Tonelli)