Tchekhov à la folie

Jean-Louis Benoît met en scène deux pièces en un acte de Tchékhov avec un trio d’acteurs à plein régime. Une réussite totale.

On a beau avoir vu à maintes reprises les courtes pièces de Tchékhov, le plaisir est toujours intact de les redécouvrir. Et plus encore dans cette mise en scène de Jean-Louis Benoît, qui appuie le ton de la farce et le caractère des personnages. Jouées bon train, dans un décor, étonnante machine à jouer de Jean Haas, elles font passer un pur moment de théâtre totalement réjouissant. Pièces des débuts de Tchekhov, qualifiées de « plaisanteries » par l’auteur, elles ont pour personnages des petits propriétaires terriens. L’argent, la moisson, sont au centre des enjeux et des préoccupations. Dans La demande en mariage, le prétendant ne supportant pas de voir sa future famille s’arroger la propriété d’un pré, ne parvient pas à faire sa demande. L’argent est encore présent dans L’ours qui voit un créancier s’installer chez une jeune veuve en attendant de recouvrer son dû. A chaque fois, deux hommes et une femme irréductible, au tempérament masculin. Dans la traduction d’André Markowicz et Françoise Morvan, qui sait rendre toutes les richesses de la langue russe, et le tempo rapide du texte, la mise en scène joue avec les ressorts comiques.

Un rythme et une interprétation d’enfer

Il y a dans les personnages, au caractère bien trempé, un fond tragique, ce qui n’empêche pas Jean-Louis Benoît, et l’on reconnaît là son goût de l’humain et du comique, de relever le côté absurde et hautement comique des situations : là un couple explosif, ici un ours à la misogynie féroce (« j’aimerais mieux être assis sur un baril de poudre que de parler avec une femme ») tombant amoureux de sa débitrice. Menée à un train d’enfer, la représentation est un moment de pur théâtre, servi par une distribution idéale. Chacun des interprètes est excellent, dessinant, affirmant son personnage d’un trait sûr et affûté. Risibles, certes, grotesques, mais surtout profondément humains dans leurs petitesses, leurs emportements, leur jusqu’auboutisme : Manuel Le Lièvre, petit taureau colérique enfermé dans son corps, Jean-Paul Farré, à la remarquable justesse et précision de jeu, Emeline Bayart, virago en furie, passant d’une expression à l’autre, exagérant ses mines avec un art consommé du comique, grande comédienne. Un tourbillon de plaisir théâtral.

Tchekhov à la folie                  * * *

Théâtre de Poche, 75 bd du Montparnasse, Paris 6e. Tél. 01 45 44 50 21. www.theatredepoche-montparnasse.com

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