Opening night

A partir du scénario de John Cassavetes, Cyril Teste signe un spectacle en train de se faire, autour d’une star : Isabelle Adjani.

Curieux triangle : une star iconique du cinéma français, un cinéaste américain mythique, et enfin un jeune metteur en scène de théâtre français qui, avec son collectif MXM, introduit la caméra dans son théâtre et filme en même temps qu’il fait jouer ses comédiens. C’est ainsi qu’après avoir mis en scène Festen, d’après le film de Thomas Vintenberg, Cyril Teste a choisi d’adapter le film de Cassavetes Opening night (1977) avec, dans le rôle tenu au cinéma par l’actrice fétiche de Cassavetes, Gena Rowlands, exceptionnelle de présence et d’intensité… Isabelle Adjani. « Un public de théâtre assiste à un tournage de cinéma, et le cinéma va absorber l’énergie du spectateur du théâtre pour s’adresser à un public de cinéma… » Ainsi est défini le projet, work in progress continuellement retravaillé. Créé à Namur, le spectacle a beaucoup évolué, s’est enrichi, transformé. En chantier permanent, il varie d’un soir à l’autre et n’a d’ailleurs de cesse de se recréer chaque soir. Projeté à l’écran : « Laboratoire public – essai n° 35 », suivi de la date de représentation. Elle peut commencer.

Vertiges du jeu

La vedette du spectacle en répétition est une actrice en perdition, Myrtle Gordon, déstabilisée par la mort accidentelle d’une admiratrice. Hantée par le fantôme de la jeune fille, la comédienne cherche à s’oublier dans l’alcool, se perd dans des interrogations existentielles, mêle la réalité et la fiction, sa mémoire altérée rend les répétitions difficiles, hasardeuses. Caméra à l’épaule, Nicolas Doremus suit les sorties des comédiens dans les coulisses, les inquiétudes de la maquilleuse, traque les visages (restitués en images noir et blanc à l’écran). « Chaque soir, Opening night est une première et une dernière fois. » Tout est inventé au fur et à mesure, le public assistant à une véritable mise en abyme : des comédiens jouant une pièce qui est une répétition de cette pièce. Chacun des interprètes se prête au jeu, Frédéric Pierrot, le partenaire, qui introduit une dérision bienvenue dans le sérieux, Morgan Lloyd Sicard, le metteur en scène sur le qui-vive, au plus près de ses comédiens, et Isabelle Adjani, étonnante de disponibilité, magnifique de vérité, quasi magnétique. Mais l’exercice, s’il est réussi côté technique, notamment dans la captation des images, demeure en surface, au détriment d’une recherche approfondie de la vérité dramatique.

Opening night                            * *

Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis, bd de la Chapelle, Paris 10e. Tél. 01 46 07 34 50. www.bouffesdunord.com Jusqu’au 26 mai. Théâtre du Gymnase, Marseille, du 3 au 6 juin. Printemps des Comédiens, Montpellier, du12 au 15 juin.

No Comments Yet

Comments are closed