L’étoffe des rêves de Lee Young-hee

Le Musée Guimet expose les créations exceptionnelles de la grande couturière coréenne. Un éblouissement.

C’est une donation exceptionnelle que vient de recevoir le Musée Guimet, celle de la plus importante collection au monde de textiles coréens en dehors de la Corée. A partir des 1 300 pièces issues du fonds des textiles de la grande créatrice Lee Young-hee (1936-2018), le Musée lui consacre une rétrospective retraçant le parcours de cette ambassadrice du hanbok, le costume traditionnel de la Corée, composé d’une veste associée à une jupe pour les femmes ou un pantalon pour les hommes. Son origine remonte à l’époque des Trois Royaumes (57 avant notre ère-668 de notre ère). Vêtement resté presque inchangé jusqu’à aujourd’hui, il tend néanmoins à disparaître dans la seconde moitié du XXe siècle et n’est plus porté qu’en certaines occasions. Passionnée par l’histoire du costume coréen («Le hanbok est toute ma vie. Je crois que je suis née parce que le hanbok existe»), Lee Young-hee l’approfondit par des recherches menées avec une universitaire et reconstitue les vêtements à partir des peintures dépeignant les cérémonies de cour. Elle ressuscite les habits du passé, quand les couleurs vives étaient réservées aux gens de cour, le blanc étant la couleur du peuple avant d’être celle des lettrés.

Du hanbok à la Haute couture

Son travail de « recréation » poursuit un double objectif de beauté et de fidélité historique dans le choix des matériaux, des techniques, couleurs et motifs. De sa mère, couturière, elle avait appris l’art de la teinture naturelle et teignait elle-même les échantillons servant à la réalisation de ses tissus. En 1976, Lee Young-hee ouvre sa boutique de hanbok à Séoul. Dès les années 80, elle les présente à l’occasion de défilés, avant ses hanbok modernisés et ses créations contemporaines. Les matières employées sont d’un raffinement subtil, de la soie au mosi traditionnel, à la ramie (sorte de lin), à la gaze ou l’organza de soie, parfois brodées, surpiquées ou encore estampées d’or. Les coutures sont invisibles, l’harmonie des couleurs déclinée en chatoiements délicats, comme dans ces séries de jeogori, vestes courtes en soie rayée, étalées comme des libellules.

Une philosophie du vêtement

Le raffinement se trouve dans chaque détail, dans les sous-vêtements, et jusque dans ces manchettes de bambou tressé portées sous le vêtement afin qu’il ne colle pas à la peau. Non contente de moderniser le hanbok, Lee Young-hee veut le faire entrer dans l’histoire de la mode. « Sans le passé, je ne peux pas mettre en valeur le présent. C’est lui qui me montre le chemin… » Devenue une figure de la modernité coréenne, elle participe pour la première fois à la Semaine de la Mode à Paris en mars 1993. Le final du défilé est entièrement consacré au hanbok, celui de la collection suivante verra les mannequins vêtues de la seule jupe, chima, nouée au–dessus de la poitrine. Elle participera à l’événement jusqu’en 2004, se tournera vers les Etats-Unis et reviendra à Paris jusqu’en 2016 pour présenter ses trois collections Haute couture. Les « costumes de vent » sont nés. « Quand je me déshabille, je suis la nature. Quand je m’habille, je suis la culture… Je m’habille de Costume de vent. » A travers ses créations, Lee Young-hee développe un art et une philosophie du vêtement. A admirer et à méditer.

. Musée national des arts asiatiques – Guimet, 6 place d’Iéna, Paris 16e. Tél. 01 56 52 53 00. Jusqu’au 9 mars 2020.

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