Folia

Acclamé aux dernières Nuits de Fourvière, le spectacle de Mourad Merzouki est au 13ème Art, pour finir l’année en beauté

Folia ? A l’origine, il y a une danse populaire apparue au Portugal à la fin du Moyen-Age, assimilée à la Renaissance par le répertoire polyphonique de cour en Espagne puis répandue dans toute l’Europe au cours du XVIIIe siècle. Source inépuisable d’improvisations, elle a inspiré de nombreux compositeurs parmi lesquels Lully, Couperin, Marin Marais, Bach, Vivaldi, Scarlatti… mais aussi Haendel, Purcell ou Liszt. Voilà pour l’origine. Mais la folia est aussi un appel au déchainement et à la transe, comme celle de la tarentelle des Pouilles. Cette forme musicale virtuose a inspiré à Mourad Merzouki un spectacle qui fait la part belle au mélange des genres et à la rencontre improbable d’univers aussi différents que le hip-hop et la musique baroque. Pour le chorégraphe, le pari consistait à « provoquer cette musique populaire avec des sons électroniques ». Supprimant la barrière qui sépare les danseurs et les musiciens, ces derniers sont intégrés à la chorégraphie et participent au tourbillon.

Un séduisant mélange des genres

La folie habite le plateau et l’envahit, soigneusement orchestrée cependant. Franck-Emmanuel Comte, directeur artistique du Concert de l’Hostel Dieu à Lyon, spécialisé dans le répertoire du XVIIIe siècle, a sélectionné un choix d’airs populaires, de mélodies italiennes et sud-américaines, de tarentelles des XVIIe et XVIIIe siècles, avec pour fil conducteur des airs de musique baroque rythmant les différents morceaux. Le spectacle complet, surprenant et bien huilé, s’ouvre sur le cosmos et des ballons comme des astres. La Terre éclate, mais la troupe s’agglutine. Seize danseurs, classiques sur pointes (comme Mélanie Lomoff), contemporains ou de hip-hop, venus de différents pays, sept musiciens en tenue d’époque et une chanteuse, la soprano Healther Newhouse, tous sont virtuoses. Les effets de lumière créent des visions oniriques rappelant les spectacles baroques de l’époque. Accompagnés par deux violonistes, les numéros de hip-hop, les danseurs tournoyant sur leur crâne, sont impressionnants, et la danse du derviche tourneur en appelle à toutes les rondes, d’hier et d’aujourd’hui.

Folia                            * * *

Le 13ème Art, Place d’Italie, Paris 13e. Tél. 01 53 31 13 13. www.le13emeart.com Jusqu’au 31 décembre.

 

(Photo Paul Bourdrel)

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