Au Café Maupassant

Au Théâtre de Poche, l’esprit de Guy de Maupassant anime un spectacle de Marie-Louise Bischofberger

Dans la petite salle du Poche transformée en café, spectateurs et comédiens sont attablés. Un homme aperçoit une ancienne connaissance, client assidu de l’endroit : « Garçon, un bock ! » réclame ce dernier, un « bocker » de l’époque, qui ne compte plus les verres vides alignés devant lui. Le narrateur s’installe à ses côtés, dresse son portrait. Puis, une table plus loin, une femme attend une amie. Celle-ci la rejoint, dans tous ses états, bouleversée par une aventure pour le moins stupéfiante : c’est Le signe, ou comment une femme croyant faire une blague pour se distraire, est prise à son propre jeu, tourneboulée par les imprudences de son geste. Homme obsédé de jalousie (Fou ?) couple négociant ses rapports conjugaux (Au bord du lit), le désir, l’amour, le poids des conventions, circulent tout au long du moment judicieusement composé par Marie-Louise Bischofberger sur un choix de nouvelles de Guy de Maupassant.

Une société kaléidoscopique

Le garçon de café sert de fil reliant les histoires entre elles, les personnages se succédant, d’un monde à l’autre, de l’aristocratie (Au bord du lit) au milieu marin (En mer) dans un enchaînement fluide, dynamique et cohérent. La clarté du style de Maupassant, son écriture au service d’instants de vie, teintés de noirceur, souvent cruels, durs, parfois ironiques, ressortent avec une acuité singulière dans cette atmosphère de café, la puissance et le secret des récits y trouvant un nouvel éclat. Tandis que Manon Combes, avec Le signe, installe un moment de pure drôlerie, Marie Vialle fait des Confessions d’une femme une évocation saisissante d’intensité. Le Fou ? de Dominic Gould est particulièrement inquiétant et Charlie Nelson impressionne dans le terrible En mer. Le service efficace du garçon est assuré par Pierre Yvon et Antoine Bataille (ou Suzanna Tiertant) emballe les enchaînements au piano. Autant d’histoires captivantes, en attendant une autre série de nouvelles, pour un moment dans l’intimité de la nuit.

Au Café Maupassant                            * *

Théâtre de Poche, 75 bd du Montparnasse, Paris 6e. Tél. 01 45 44 50 21. www.theatredepoche-montparnasse.com Jusqu’au 12 janvier.

(Photo Pascal Gely)

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