21 rue des Sources

Au Rond-Point, Philippe Minyana ouvre les portes de la maison de son enfance

Le périmètre est uniquement dessiné au sol par un ruban lumineux. Dans un coin, un piano. Et seulement quelques chaises pour accueillir deux personnages fantomatiques, comme en apesanteur, tout de blanc vêtus, visage blafard, yeux cernés d’un trait rouge. Elle, Nadine, ancienne habitante du lieu, marche sur la pointe des pieds, lui, un ami, Gilou, exagère les déhanchements. Les deux revenants ont l’apparence bien vivante, l’humeur plutôt gaie, ils revisitent la maison, la réveillent, racontent des anecdotes, des souvenirs, les événements marquants, reconstituent les échos du passé. Se remémorant les différents espaces, ils vont les arpenter, à commencer par la véranda, puis le pré,… La maison est grande, les deux fantômes dressent comme un inventaire des disparus, des lieux de l’ancienne maison-épicerie où vivait toute la famille. Le grenier où l’on garde tout, la cuisine, le petit salon, la vie partagée : « Tu as éteint la lumière en bas ? »

Une sobriété émaillée de magie

L’adresse, 21 rue des Sources, est celle où Philippe Minyana a passé son enfance, une grande maison de Franche-Comté qui abritait aussi une épicerie. La pièce évoque les aïeux et signe, en creux, le portrait de sa mère disparue. La simplicité de son écriture s’accorde au ton faussement décontracté du jeu des comédiens. Bridant la nostalgie, avec un regard d’entomologiste, de la distance et pas mal d’humour, il fait la part belle à tous les fantômes, ceux de la vie réelle et ceux du théâtre. Au fil du temps, la maison a subi des modifications, l’environnement s’est urbanisé, Trente glorieuses aidant. L’auteur s’extrait alors de l’intimité du lieu pour élargir, prolonger cette vision d’une époque qui a vu l’évolution de l’habitat, quand les pavillons ont envahi les prés, et quand les grandes surfaces ont remplacé les épiceries familiales. La composition se joue à quatre : Catherine Matisse, fantôme gai, bien vivant, sur la pointe des pieds, incarne la mère, Nadine, l’épicière, la mère, l’épouse, avec un appétit gourmand, Laurent Charpentier est l’ami, tout en contorsions, au piano, Nicolas Ducloux joue sa partition musicale tandis que Benoît Dattez assure les quelques effets magiques : lampadaire volant, feux follets,… Bel hommage au théâtre, l’absence de décor libère un univers onirique et concret, et la mise en scène de Minyana laisse place à l’imaginaire. Peu à peu, les absents pèsent de leur poids : « Tu ne trouves pas que cette absence est une présence ? » Et l’on entend leur voix.

 

21 rue des Sources                            * *

Théâtre du Rond-Point, 2 bis, av. Franklin D. Roosevelt, Paris 8e. Tél. 01 44 95 98 21. www.theatredurondpoint.fr Jusqu’au 1er décembre. Tournée : Châlons-en-Champagne, Caen, Lisieux, Toulon, Saint-Quentin.

(Photo Pascal Gély)

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