A notre place

 

A La Colline, un texte d’Arne Lygre mis en scène par Stéphane Braunschweig

Il est un auteur que Stéphane Braunschweig a fait découvrir au public français depuis une quinzaine d’années : Arne Lygre. A notre place est la cinquième pièce du Norvégien que l’ancien directeur de l’Odéon (et précédemment de la Colline) met en scène. Elle sonde les ressorts et les mystères de l’amitié. « C’est si difficile de trouver l’adéquation entre ce qu’on veut dire et ce qui parvient à l’autre. Ce que l’autre peut en comprendre ». A l’évidence, nul doute en matière de compréhension entre l’auteur et le metteur en scène, également son traducteur. L’amitié serait-elle une utopie ? Que connaît-on de l’autre ? Voici Astrid, la soixantaine, à qui Sara vient rendre visite. Les deux femmes ont fait connaissance et entament une relation amicale volontaire, raisonnée, cadrée. Les échanges sont directs, concrets. Voici que réapparait Eva, qui s’était éloignée depuis quelque temps. Les positions doivent se réajuster, chacune cherchant à retrouver sa place. Si elles se présentent seules, ces trois femmes portent en elles leur lien avec des personnages masculins : le fils pour Astrid, le frère pour Sara, le père pour Sara. Et l’auteur d’introduire des scènes où chacune rejoue un moment clé de cette relation primordiale.

« Nous ne nous en sortons pas tout seuls »

C’est ainsi que Lygre à travers la matérialité de sa langue, donne à sentir l’indicible et explore, entre besoin de l’autre et peur du lien, les déchirures. Après avoir accueilli la nouvelle amie dans un décor ample, ouvert, voire abstrait, celui-ci se transforme et se réduit jusqu’à devenir un sous-sol étouffant, propice à la confrontation. « Vous me regardez uniquement à la lumière de vous-même», « vous vous infiltrez en moi », dit Astrid avant une insolite danse d’adieu, laissant Sara et Eva face à la nécessité « d’avoir quelqu’un dans sa vie ». La mise en scène de Braunschweig ne contraint jamais le texte, lui laissant sa liberté contrôlée, ses trous d’air et ses vertiges. Personnage pivot, Astrid est interprétée par la subtile Clotilde Mollet, généreuse et opaque, dont le jeu singulier, entre la douceur du timbre et les inventions burlesques illumine le plateau, diffracte les zones mystérieuses de la pièce. Elle est brillamment entourée en cela par Chloé Réjon et Cécile Coustillac, ses excellentes partenaires.

 

A notre place     * * *

La Colline, 15 rue Malte-Brun, Paris 20e. Tél. 01 44 62 52 52. www.colline.fr Jusqu’au 17 avril.

 

(photo Simon Gosselin)