Au Théâtre Hébertot, la dernière pièce de Jean-Claude Grumberg entre drame et humour grinçant
« Ca ne peut plus durer ». Dans un décor en forme d’entonnoir, deux vieux parents ont les yeux fixés sur une porte close de l’appartement. Qu’y a-t-il derrière la porte ? Qu’est-ce qui ne peut plus durer ? La présence d’un fils, qui « n’est plus un enfant », la cinquantaine aux cheveux blancs maintenant, revenu à la maison et que les parents ne voient jamais. Que fait-il ? Y aurait-il une menace ? Le couple navigue entre peur et inquiétude. Tandis que le père s’agace et s’impatiente, la mère fait des allers-retours en cuisine, occupée à la préparation des repas. En dialogues brefs et incisifs, réduits au strict nécessaire, et au sens des mots, Jean-Claude Grumberg plonge dans un climat d’attente proche de chez Beckett. Son état des lieux de la vieillesse, du fossé des générations, de la fatigue des corps et de la décrépitude, reste clinique. Sans jamais s’appesantir, sans aucune complaisance, quand l’humour est constamment en rappel et prompt à surgir pour venir percuter les moments pathétiques ou dramatiques.
La maitrise des mots
Difficile de ne pas être ébranlé, dérangé, par cette cruelle vision de l’usure du temps et de ses effets ravageurs sur le couple et les relations familiales. Tout du long, dans un rigoureux travail d’écriture, l’auteur joue avec l’inconfort, le creuse, passant d’une tendresse refoulée à un franc cynisme, mais il ne s’arrête pas là. Le drame intervient, laissant le couple encore plus désemparé et démuni. Au père, alors, de dresser dans un monologue final saisissant, un bilan amer, douloureux et sincère d’une incapacité à aimer sa progéniture et d’une vie médiocre. Mise en scène avec une fine acuité par Charles Tordjman, la pièce est interprétée par un éblouissant duo de comédiens maitrisant parfaitement leurs échanges : Jean-Pierre Darroussin, saisissant de froideur et d’égoïsme dans sa confession finale, et Christine Murillo, merveilleuse et bouleversante de tendre innocence.
Dans le couloir * * *
Théâtre Hébertot, 78 bis, bd des Batignolles, Paris 17e. Tél. 01 43 87 23 23. www.theatrehebertot.com