La Lettre

Joué en itinérance au dernier Festival d’Avignon, le spectacle de Milo Rau est actuellement en tournée

Sur scène, trois drapeaux, une table, deux chaises, deux plantes en guise de décor et deux comédiens : lui, Arne De Tremerie, grand, blond, elle, Olga Mouak, plus petite, brune. En sourdine, la chanson de Brel, Ne me quitte pas. La lettre tendue par le comédien vers le public est celle laissée par une arrière-grand-mère à sa fille de 9 ans quand elle l’abandonne. Et voici que l’on entend, sortie d’un vieil appareil, la voix de celle-ci, dont le rêve était de jouer La Mouette, que Arne souhaite mettre en scène. De son côté, Olga, venue d’Orléans, est habitée par la figure de Jeanne d’Arc et souhaite jouer son procès. L’assemblage de ces deux imaginaires personnels devient, grâce à l’habileté et la sagacité de Milo Rau, matière théâtrale, qui plus est avec la participation de volontaires sortis de la salle.

L’autre côté du décor

De ce puzzle bricolé entre réalité et fiction, il est difficile de déceler la part de vérité dans le récit de vie de chacun, mais elle est présente, ici ou là. Et les fantômes du théâtre s’invitent dans l’autre côté du décor. Avec ce texte écrit en commun avec l’équipe, le metteur en scène suisse entend « explorer des sujets qui interrogent le flou, l’inexplicable de nos existences, les conflits de générations, la mort, l’absence, même l’amour, il s’agit de faire communauté avant tout pour fabriquer du théâtre. » En cela il y réussit, jouant avec les marges. Faussement léger, délibérément flottant, parfois volatil, le spectacle s’installe peu à peu et finit par prendre sa place.

La Lettre     * *

En tournée : La Manufacture, Nancy, 20-23 mars, Théâtre Public de Montreuil, 20-30 mai.