Vivre !

Frédéric Fisbach met en parallèle la figure de la Jeanne d’Arc de Péguy et un fantôme maternel

De l’incidence de la crise sanitaire et de l’épidémie sur l’inspiration des auteurs. Alors qu’il travaillait sur Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc, de Péguy, Frédéric Fisbach, voit, comme tant d’autres, son travail mis à l’arrêt par le confinement. Il repense alors son projet et y intègre la projection d’un possible futur. Nous voici donc six années plus tard. Alors que leur metteur en scène est décédé, les comédiennes engagées pour jouer la pièce de Péguy se retrouvent pour reprendre les répétitions, continuer malgré tout, le travail suspendu. Quels échos la crise sanitaire a-t-elle eus sur leur vie ? Comment continuer à travailler sans le regard de leur mentor ? Et comment faire quand la mère de celui-ci se réveille d’un coma et demande à voir son fils ? Chacune à sa façon, elles vont reprendre le flambeau de la confiance porté par Jeannette, la jeune fille de Domrémy qui garde ses moutons en filant la laine, et illumine le texte de Péguy.

Cohabitation des époques

Confronter cette figure mythique et la langue splendide de Péguy à des personnages contemporains et un style prosaïque, telle est la démarche de Fisbach, qui signe ici sa première pièce. Au-delà de l’exercice de style, cet enchâssement des récits personnels et du texte de Péguy, nonobstant quelques longueurs, donne un singulier relief à l’instant théâtral, encadré dans la scénographie de Charles Chauvet. Installé dans l’ombre à l’arrière du plateau, le metteur en scène disparu hante les répétitions et se remémore l’histoire de sa mère, en écho avec le personnage de Jeannette. L’une et l’autre sont des femmes résistantes. La cohabitation entre les textes peut paraître fabriquée, artificielle mais elle fait résonner les deux époques. Endossant leurs personnages de comédiennes ou bien leurs rôles du Mystère de la Charité, les interprètes Madalina Constantin, Flore Lefebvre des Noëttes et Laurence Mayor sont convaincantes.

Vivre !                            * *

Théâtre de la Colline, 15 rue Malte-Brun, Paris 20e. Tél. 01 44 62 52 52. www.colline.fr Jusqu’au 25 octobre. Théâtre Montansier, Versailles, 12 et 13 novembre, Granit, Belfort, 1er et 2 décembre, Théâtre Liberté, Toulon, du 16 au 18 décembre.

(Photo Tuong-Vi Nguyen)

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