Un instant       

Dans les pas de Marcel Proust, Jean Bellorini entrelace deux mémoires

La chanson de Léo Ferré Avec le temps enveloppe l’espace de la scène quasi déserte, si ce n’est une échelle conduisant à une chambre, à la fois celle de Proust enfant et celle, aux murs tendus de liège, où il se consacra à l’écriture de A la recherche du temps perdu. Camille de la Guillonnière, qui interprète le narrateur, n’est pas seul à grimper dans la chambre. Il est accompagné par une femme plus âgée, Hélène Patarot, qui emboîte son pas dans la remontée du temps. Lui se remémore les fantômes de son enfance, elle raconte ses souvenirs de petite fille, son départ d’Indochine, son arrivée en France, son placement dans une famille du Berry. Les deux récits vont en parallèle, fiction et réalité s’entremêlent. Au portrait de l’aïeule du jeune Marcel répondent en écho les souvenirs de la grand-mère de la comédienne. Jean Bellorini interroge la mémoire individuelle, transpose les fixations des souvenirs : « Et si la madeleine était un nem ? »

Les réminiscences intimes

Comme l’œuvre universelle de Proust trouve un écho intime en chacun de ses lecteurs, ouvrant les portes aux réminiscences personnelles, les deux mémoires se libèrent en alternance, la parole de Proust se substitue à celle de la femme âgée. Pour ne pas perdre son public, Bellorini reprend les extraits les plus familiers du livre puis installe le temps dans l’espace théâtre, habité par les deux arpenteurs de la mémoire Camille de la Guillonnière, s’appropriant les textes de Proust, comme se souvenant à voix haute, et Hélène Patarot, y mêlant son histoire personnelle. Derrière eux, une montagne de chaises, comme un mausolée de souvenirs et figuration de l’œuvre cathédrale de Proust. Un subtil travail de son enveloppe la scène, guidé par l’accompagnement musical joué par Jérémy Peret à la guitare. « J’aurais voulu faire constater aux sceptiques que la mort est une maladie dont on revient. » Ainsi se clôt cette envoûtante traversée de la mémoire qui passe comme un instant d’éternité.

Un instant                   * * *

Théâtre Gérard Philipe, 59 bd Jules Guesde, 93 200 Saint-Denis, tél. 01 48 13 70 00. www.theatregerardphilipe.com Jusqu’au 9 décembre. Puis en tournée : les 14 et 15 décembre au Luxemboug, du 8 au 27 janvier 2019 à Renens (Suisse), 16 et 17 février au Théâtre Louis Aragon, du 13 au 16 mars à la Criée de Marseille, 20 et 21 mars Perpignan, 26 et 27 mars, Caen, 4 et 5 avril, à Béziers.

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