Un conte de Noël

Passage réussi du cinéma au théâtre pour Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin adapté par Julie Deliquet

Les histoires de famille inspirent Julie Deliquet. Après Fanny et Alexandre, d’après le film de Bergman, la saison dernière à la Comédie-Française, elle adapte Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin, interprété à la scène par sa troupe du collectif In Vitro, créé en 2009. Comme dans son très réussi Vania, le dispositif est bifrontal, les gradins cernant le salon de la demeure familiale où Junon et Abel s’apprêtent à accueillir leurs enfants pour les fêtes de Noël. En off, on entend une voix d’enfant, celle de Joseph, l’enfant mort il y a des années d’une maladie incurable et dont l’ombre plane toujours sur la famille. Davantage encore lors de ces retrouvailles puisque Junon, atteinte du même mal, a besoin pour guérir d’une greffe de moelle osseuse. Les seuls donneurs compatibles sont Paul, son petit-fils, fragile psychiquement, et Henri, le fils détesté. Sur quatre journées, parents et enfants, frères et sœurs vont se retrouver ou se rejeter, s’affronter ou s’éviter, réveiller les fantômes du passé, des blessures, des secrets.

La mélancolie familiale

Cette investigation du réel, au cœur du projet du collectif, imprègne l’interprétation jusqu’à effacer la notion même de jeu théâtral. Cela tient essentiellement à ce travail de groupe initié il y a des années, nourri d’improvisations et de propositions individuelles. Le spectacle se jouant au plus près, la proximité avec les comédiens donne l’illusion d’une réalité. Ainsi placé au cœur de la représentation, le spectateur appréhende la mélancolie familiale, partage les émotions des personnages, leur douleur, leurs déchirements. Ce travail choral est formidablement réglé et joué, dans la fluidité des circulations sur le plateau et les déplacements somnambuliques dans la maison. A ce huis clos familial traversé de vifs éclats, Julie Deliquet convie Shakespeare, dans une scène de repas extraite de Titus Andronicus qui permet à chacun de libérer ses démons, d’exorciser ses haines. Pour cette dernière création de In Vitro, Marie-Christine Orry et Jean-Marie Winling (excellents, comme tous leurs partenaires) ont rejoint les membres du collectif pour composer une famille mémorable qui joue la vie même.

Un conte de Noël                   * * *

Odéon-Ateliers Berthier, 1 rue André Suarès, Pari 17e. Tél. 01 44 85 40 40. www.theatre-odeon.eu Jusqu’au 2 février. Du 5 au 9 février, Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon, du 3 au 6 mars, Théâtre de Lorient, du 9 au 11 mars à La Coursive, La Rochelle, du 31 mars au 3 avril, Théâtre Romain Rolland à Villejuif.

(Photo Simon Gosselin)

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