Trois femmes (L’échappée)

Vingt ans après sa création, Catherine Anne signe une nouvelle mise en scène de sa pièce.

Joëlle, « auxiliaire de vie », débarque un soir chez Mme Chevalier, engagée par la fille de cette dernière comme garde de nuit. La vieille dame ne l’attend pas et l’accueille plutôt mal. Joëlle, bien décidée à garder son travail, s’impose et s’installe. Plus tard, c’est une jeune femme qui fait irruption dans l’appartement. Qui est-elle ? Que veut-elle ? Dès lors, un jeu de cache-cache se met en place, jeu de dupes et de faux dupes qui rythme la comédie. Trois femmes, trois générations, trois caractères, la pièce de Catherine Anne entremêle ces destins pour mieux pointer les incontournables déterminismes sociaux et aussi les problèmes de précarité, l’isolement familial. Trois femmes (L’échappée) tisse les rapports entre ces trois destins. En scènes brèves, la comédie déroule l’évolution des liens qui se nouent, se transforment, installe un suspense sur un ton enlevé et allègre malgré le sérieux du sujet.

Très belle interprétation

La scénographie d’Elodie Quenouillère joue sur deux lieux astucieusement disposés sur le plateau : l’appartement cossu de Mme Chevalier et l’intérieur modeste du pavillon de Joëlle où elle vit avec sa fille. Insidieusement, la frontière entre les deux lieux a tendance à s’effacer à mesure que les rapprochements s’opèrent, que les barrières tombent. Une distribution parfaite assure la réussite de la mise en scène, chacune des interprètes imposant une nature, un univers. Catherine Hiegel, impériale, joue avec un archétype de vieille femme riche, insupportable et acariâtre mais dissimulant une tendresse profonde et des blessures intimes. Le jeu feutré de Clotilde Mollet dessine en profondeur un personnage de femme humble, raisonnable, résignée, au fatalisme bien ancré. Entre ces deux magnifiques comédiennes, Milena Csergo se fait une belle place, dégageant une énergie très juste dans la révolte comme dans les élans et les impulsions maladroites.

Trois femmes                            * *

Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, Paris 6e. Tél. 01 45 44 57 34. www.lucernaire.fr Jusqu’au 5 janvier. Les 5 et 6 mai 2020 au Théâtre Montansier, Versailles, du 12 au 16 mai à la MC2 Grenoble.

(Photo Victor Tonelli/Bellamy)

 

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