Tachkent

Au Studio Marigny, une comédie de Rémi De Vos féroce et jubilatoire

Tout d’abord, ne pas imaginer une quelconque virée, réelle ou imaginaire, en Ouzbékistan. Il faut attendre la fin de la pièce pour que le nom de Tachkent fasse irruption, au détour d’une réplique. Avant cela, on aura suivi les difficultés à s’exprimer du personnage central, un auteur dramatique vieillissant devenu aphasique, qui sort abruptement de son mutisme pour se lancer dans des harangues véhémentes et bien senties, dont la cible est toujours la même : les metteurs en scène. Son ressassement est obsessionnel : « Tous les metteurs en scène que j’ai connus se prenaient pour des écrivains…» Selon lui, seules deux choses les intéressent : découvrir un auteur jeune, ou redécouvrir un auteur mort. Entre ces deux statuts, point de salut. Virulente, parfois haineuse, la diatribe revient par à-coups car pour lui, « les vrais artistes sont les acteurs et les auteurs ». Reclus chez sa nouvelle compagne, celle-ci tente de lui faire retrouver la parole en ouvrant sa porte à un ancien comédien, puis à son ancienne femme.

Un quatuor éclatant

Comédie pour quatre personnages, Tachkent serait-elle un règlement de comptes de l’auteur avec ses metteurs en scène ? Probable. En tout cas, elle est l’occasion d’échanges insolites et cocasses et, au contraire de son personnage, l’auteur Rémi De Vos n’a rien à redire en l’occurrence à la mise en scène de Dan Jemmett qui sert au mieux son écriture. La scénographie de Dick Bird ( boite noire aux reflets brillants) laisse libre l’imaginaire. La partition est jouée haut la main par un quatuor parfaitement accordé, chacun dans son registre bien défini. Le rythme est soutenu, l’équilibre habilement tenu entre les répliques féroces à l’humour rageur, les échanges vifs et mordants. A Hervé Pierre (ex sociétaire de la Comédie-Française) revient évidemment la « part du lion » et sa voix profonde, ses mines ahuries sont régalantes. Clotilde Mollet, elle, dessine tout en finesse et précision une comédienne au tempérament assuré. La belle complicité de leur couple éclaire des moments délirants (le crescendo dans le tragique concernant les auteurs russes) ou tendres (une danse sur Unforgettable). A saluer également, les savoureuses compositions de Grégoire Oestermann et Valérie Crouzet, tous deux excellents. Et la comédie a encore des tiroirs à ouvrir…

Tachkent                             * * *

Studio Marigny, Carré Marigny, Paris 8e. Tél. 01 86 47 72 77. www.theatremarigny.fr  Jusqu’au 5 novembre.

(photo Paul Bourdrel)