Qui a tué mon père

Stanislas Nordey met en scène et joue le texte d’Edouard Louis, créé au Théâtre de la Colline avant sa programmation au TNS

« Si ce texte était un texte de théâtre, c’est avec ces mots-là qu’il faudrait commencer : un père et un fils sont à quelques mètres l’un de l’autre dans un grand espace, vaste et vide. Cet espace pourrait être un champ de blé, une usine désaffectée et déserte,… » C’est sous l’impulsion de Stanislas Nordey que Édouard Louis (En finir avec Eddy belle gueule) a écrit Qui a tué mon père, mis en scène et joué par le directeur du TNS. Le rideau se lève sur l’espace ainsi décrit par l’auteur, vaste et vide, cerné par le triptyque photographique en noir et blanc d’un univers pavillonnaire. L’imposante scénographie d’Emmanuel Clolus laisse à la fois l’espace ouvert et clos, dessiné par les lumières de Stéphanie Daniel. Assis à une table, un fils est face à son père. Il s’adresse à lui, le père ne répondra jamais. En un long soliloque, le fils dit son enfance, la vie à la maison, la douleur de la mère, la honte. Stanislas Nordey délivre la parole d‘Edouard Louis comme en adresse au public. Seul comédien mais pas seul sur scène. Un autre homme est là, puis un autre encore, et un autre.

Nordey ou l’art de la profération

« Est-ce que tu m’avais transmis le sens de notre place au monde ? » Le narrateur sautent les années, certaines marquées par un événement choc. Il raconte le père du père, la violence, la pauvreté en héritage. L’absence du père est matérialisée sur scène par la présence de figures masculines (des sculptures de Anne Leray et Marie-Cécile Kolly), comme les différents maillons d’une chaine de reproduction. Nordey lance les mots dans l’espace, donne une matière au récit, accompagné par la musique d’Olivier Mellano. Dans sa dernière partie, le récit de la violence sociale cède la place à la critique politique avec l’accident du père. L’intimité cède la place à l’interpellation politique, sous la forme de réquisitoire abrupt. Les tenant pour responsables des malheurs du père, l’auteur cite les hommes politiques à l’origine de lois aggravant la précarité. Le comédien les lance comme autant d’accusations violentes, jusqu’à susciter une gêne. L’attaque frontale révèle les limites d’une écriture, mais l’interprétation est intense.

Qui a tué mon père                   * *

Théâtre de la Colline, 15 rue Malte-Brun, Paris 20e. Tél. 01 44 62 52 52. www.colline.fr Jusqu’au 3 avril. Théâtre National de Strasbourg, du 2 au 15 mai. Théâtre Vidy-Lausanne, à l’automne.

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