Plaidoiries

Richard Berry maître en art oratoire

Que reste-t-il des grandes plaidoiries qui ont marqué l’histoire judiciaire ? Sur l’instant, elles frappent, dérangent, interpellent nos consciences puis, une fois l’affaire jugée, ne pouvant être enregistrées, elles s’envolent. A partir de cinq grandes plaidoiries entrées dans les annales judiciaires, et reconstituées par le journaliste Matthieu Aron, Richard Berry et son metteur en scène Eric Théobald créent un matériau dramatique passionnant. Sur scène, deux pupitres. Une voix off annonce que l’audience va reprendre, on entend les brouhahas de l’assistance. Le comédien entre, enfile la robe d’avocat. Premier procès : celui de Véronique Courjault, la mère qui a tué et congelé ses bébés. C’est Henri Leclerc qui doit la défendre. L’avocat est connu pour son humanisme, son parler franc. Le comédien s’adresse au public comme aux jurés, en appelle à l’indulgence pour cette mère infanticide, il demande l’impossible. Un écran en fond de scène projette les sanctions requises. Puis, une liste de noms défile… C’est le procès de Maurice Papon, à Bordeaux, et celui d’un crime contre l’humanité.

Des pages de la société française

Cinq plaidoiries marquantes et parmi elles, certaines plus perturbantes que d’autres, comme celle de Me Lombard lors du procès de Christian Ranucci, dont la culpabilité n’était pas prouvée et qui sera, malgré la demande de libération par son avocat, condamné à mort. C’était en 1976. Cinq ans avant l’abolition de la peine de mort. A Bobigny, en 1972, c’est le procès de Marie-Claire, accusée d’avortement clandestin, soutenue par des centaines de féministes, et défendue par Gisèle Halimi. A chaque fois, la puissance des mots et l’art de manier la parole sont les seules armes pour infléchir le choix des jurés, faire condamne, ou acquitter. Coupable ? Innocent ? Leur décision est capitale, parfois sans appel. Maitre dans l’art de la parole, Richard Berry est magistral qui, par une intonation, une inflexion de voix, un silence, rappelle la personnalité de chacun de ces « ténors » du barreau, qui usent aussi parfois de l’art du comédien, et donne tout leur poids à leurs plaidoiries. Et c’est, en même temps qu’un formidable coup de projecteur sur l’évolution de notre société, un véritable moment de théâtre à part entière.

Plaidoiries                                              * * *

Théâtre Antoine, 14 bd de Strasbourg, Paris 10e. Tél. 01 42 08 77 71. www.theatre-antoine.com Jusqu’au 17 novembre. Puis au Comédia-Théâtre libre, 4 bd de Strasbourg, Paris 10e. Tél. 01 42 38 97 14. www.le-comedia.fr Du 4 au 31 décembre.

 

 

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