Pelléas et Mélisande

Créée au dernier Festival d’Avignon, la mise en scène par Julie Duclos de la pièce de Maeterlinck est en tournée. Actuellement aux ateliers Berthier

Le succès de l’opéra de Debussy, créé en 1902, sur un livret de Maurice Maeterlinck, a éclipsé la pièce du poète belge, prix Nobel de littérature 1911, moins souvent représentée. En mettant en scène le texte originel de Pelléas et Mélisande, écrit en 1892, Julie Duclos traque le silence et sa part essentielle dans la musique de l’écriture, où l’on entend les points de suspension, où la parole résonne en écho, ce qui n’est pas dit restant suspendu. Associant habilement cinéma, vidéo, son et lumières, Julie Duclos plonge dans un univers étrange, intemporel et pourtant qui semble proche. C’est par des images filmées qu’elle ouvre sa mise en scène : à la nuit tombante, égaré dans la forêt, le prince Golaud, à la poursuite d’un sanglier, découvre Mélisande au bord d’une mare où elle vient de jeter une couronne. Quelque temps plus tard, devenue son épouse, on retrouve la jeune femme mystérieuse dans le château d’Arkël, le grand-père de Golaud et de son jeune frère Pelléas. Mais Mélisande n’est pas heureuse « ici ». Un « ici » que tente d’approcher au plus près Julie Duclos. Comme irrésistiblement aimantés l’un par l‘autre, Pelléas et Mélisande tombent amoureux. Ils sont jeunes, et le monde qui les entoure est trop vieux, voué à une disparition prochaine.

Poésie du texte

Tout en intégrant la prééminence des éléments extérieurs, Julie Duclos invite le fantastique à travers l’aspect inquiétant des lieux, comme elle devance et suggère l’intimité des relations amoureuses, dans un onirisme teinté de mélancolie. La judicieuse scénographie en étages –une vision découpée des pièces- de Hélène Jourdan, la vidéo, se prêtent aux glissements des lieux, aux rapprochements et aux gros plans. Le recours aux images, pour les scènes nocturnes notamment, se fondant dans la mise en scène. Entre réalisme et symbolisme, Julie Duclos ne parvient pas toujours, toutefois, à sublimer l’atmosphère ésotérique de l’œuvre, mystérieuse et opaque, de Maeterlinck mais elle laisse entendre superbement la langue simple et poétique du texte, servie par une interprétation rigoureuse. Le couple formé par Alix Riemer, Mélisande insondable, manquant parfois de chair face à Matthieu Sampeur, vif, exalté, ne convainc pas toujours, tandis que Vincent Dissez investit la fièvre et la douleur de Golaud, jaloux, inquiétant, notamment dans la scène d’interrogatoire du petit garçon. Et Philippe Duclos est un Arkël déchiré, émouvant.

Pelléas et Mélisande                   * *

Théâtre de l’Odéon, Ateliers Berthier, 1 rue André Suarès, Paris 17e. Tél. 01 44 85 40 40. www.theatre-odeon.eu Jusqu’au 21 mars. Théâtre des Célestins, Lyon, du 25 a 29 mars, Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, les 2 et 3 avril.

(Photo Simon Gosselin)

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