Madame Favart

A l’Opéra-Comique, l’héroïne de Jacques Offenbach est comme à la maison dans un spectacle réjouissant.

En cette année de bicentenaire de la naissance de Jacques Offenbach, l’Opéra-Comique sort de l’oubli un opéra peu connu du compositeur, écrit deux ans avant sa mort. Alors qu’il est au creux de la vague, Madame Favart lui redonnera le goût du succès. L’intrigue est inspirée de l’histoire de Charles-Simon Favart, auteur d’opéras-comiques populaires qui épousa, en 1745, l’actrice Melle Duronceray. Courtisée par le maréchal de Saxe, vainqueur de la bataille de Fontenoy, Mme Favart n’aura de cesse de lui échapper. En 1749, elle sera même arrêtée et enfermée dans deux couvents successifs… A l’époque, l’affaire fit grand bruit. A la mort du maréchal, en 1750, le couple pourra enfin vivre tranquille. Pour corser leur intrigue et l’alimenter en quiproquos et rebondissements, les auteurs du livret, Alfred Duru et Henri Chivot, entraînent dans leurs aventures un autre couple, Suzanne et Hector de Boispréau. Au premier acte, en lieu et place d’auberge d’Arras, Anne Kessler, par ailleurs respectueuse du texte, situe l’action dans les ateliers de fabrication des costumes de l’Opéra-Comique. Passée la surprise du parti pris, la scénographie élégante et aérée de Andrew D. Edwards se prête aux changements de lieux comme aux nombreux travestissements. Car après le premier acte, place aux chassés-croisés…

Une Madame Favart futée

La mise en scène ménage d’heureux moments et de fines trouvailles (la simulation d’un coche, un voile transformé en barbe à papa, l’évocation d’une balance, un petit chien aboyeur tenu en laisse,…). En dehors de ses qualités vocales et de ses modulations selon ses différents personnages, Marion Lebègue interprète Justine Favard avec un allant formidable, un peps ravigotant et, tout en menant l’intrigue à travers ses travestissements, fait formidablement résonner certains refrains, comme cette ronde gaillarde de Favart « Je n’sais comment ça s’fit », particulièrement savoureuse. Suzanne est interprétée avec sensibilité et délicatesse par Anne-Catherine Gillet. Christian Helmer est un Favart séduisant, François Rougier, Hector assuré, Eric Huchet, marquis suffisant impeccable, comme le major de Franck Leguérinel, et Lionel Peintre (Biscotin) fait preuve d’une belle présence scénique. Dans la fosse, Laurent Campellone insuffle une belle énergie à sa direction de l’Orchestre de chambre de Paris et fait sonner la partition vive et enlevée. Le Chœur de l’Opéra de Limoges brille par sa présence et son interprétation dynamiques. Le spectacle est réjouissant.

Madame Favart                            * * *

Opéra Comique, 1 place Boieldieu, Paris 2e. Tél. 01 70 23 01 31. www.opera-comique.com Jusqu’au 30 juin.

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