Ma langue maternelle va mourir et j’ai du mal à vous parler d’amour

Yannick Jaulin raconte son amour des mots et de la langue dans un concert parlé en compagnie d’Alain Larribet

Qui parle encore le poitevin-saintongeais ? Qui connaît l’existence de cette langue ? S’il n’en restait qu’un seul, ce serait Yannick Jaulin, grand défenseur des langues orales et des patois. Grâce à lui, nombreux sont ceux qui la connaissent, à défaut de la parler. Clin d’œil ironique au déclin de la francophonie, c’est en anglais qu’il se présente, avant de traduire, puis de lancer : « Ce serait quoi la définition d’un plouc ? » et d’entamer une conférence de sa façon, truculente, imagée, sur les maux de la langue et la disparition des patois. Mêlant les histoires qu’il collecte et d’autres qu’il invente ou qu’il vit en allant par les chemins buissonniers, il arpente la langue, toutes les langues, comme autant de territoires intimes. Il dit la nécessité de l’oralité, regrettant tous ces patois que l’on a interdits à l’école et demandé aux anciens de ne pas parler devant leurs petits-enfants, empêchant la chaîne de transmission. Jaulin remet à l’honneur toutes ces langues autochtones sur lesquelles se penchent parfois davantage de chercheurs qu’elles ne sont parlées par des locuteurs natifs, comme la langue de sa terre natale serpentant des Deux-Sèvres à la Vendée, considérée par l’Unesco comme langue en danger.

Une ode à la langue maternelle

Avec ses mots d’amour pour le parlanjhe, parlé minoritaire et méprisé, langue orale inventive et imagée (le «cacacroun : quand t’enlèves le pourri tu manges le reste »), le conteur redonne leurs lettres de noblesse à toutes les langues oubliées. Il place la langue au cœur de l’être et du savoir, reproche à l’idiome français, trop influencé par l’anglais, d’être une langue qui «descend pas à la terre », évoque tous ces savoir faire disparus avec la non transmission de la langue : « quand on perd la langue, on perd le savoir », car « une langue, c’est pas que des mots ». Et Jaulin de faire résonner, le temps de son spectacle, l’histoire de toutes ces langues en danger face aux langues dominantes symbolisant le pouvoir. «Parler une langue, oui mais avec qui ? » Le musicien et chanteur béarnais Alain Larribet l’accompagne, avec ses tonalités nasales évocatrices de toutes les langues du monde. A quoi bon continuer à transmettre une langue vouée à disparaître ? La question est là, alors Jaulin transmet, transmet encore. « i t’aime », Jaulin.

Ce premier volet est suivi de Causer d’amour

 

Ma langue maternelle va mourir et j’ai du mal à vous parler d’amour      * * *

Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis, bd de la Chapelle, Paris 10e. Tél. 01 46 07 34 50. www.bouffesdunord.com Jusqu’au 26 octobre. Puis tournée.

(photo Eddy Rivière)

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