Le Postillon de Lonjumeau

A l’Opéra-Comique, Michel Fau redonne des couleurs à une opérette oubliée. Un spectacle au charme fou.

A sa création en 1836, l’opéra d’Adolphe Adam remporte un succès formidable et sera joué dès l’année suivante dans l’Empire allemand, jusqu’à être dirigé par Richard Wagner à Riga. Jamais remonté à l’Opéra-Comique depuis 1898, on doit à Sébastien Rouland et Michel Fau cette redécouverte. Adolphe Adam (1803-1856), admirateur et spécialiste de Rameau, est l’auteur oublié d’une cinquantaine d’opéras, d’opérettes, de vaudevilles et de ballets (Giselle), de cantates et cantiques (Minuit, chrétiens). Le livret du Postillon de Lonjumeau, délicieusement naïf et anachronique, est également audacieux pour l’époque : à Lonjumeau, Madeleine, jeune aubergiste, et Chapelou, le postillon, viennent de se marier. Alors que le village fête les noces, l’intendant des menus plaisirs du roi Louis XV, de passage, entend Chapelou chanter la « romance du jeune et galant postillon ». Justement, le roi lui a ordonné de découvrir de nouvelles voix. Et voilà le postillon en route vers la gloire, abandonnant Madeleine. Dix ans plus tard, il la retrouve, au deuxième acte, devenue Mme de Latour, une femme du monde, qui va écouter le ténor à la mode Saint-Phar, qui ne la reconnaît pas, et veut la séduire…

Michel Fau et l’art du déguisement

A la mise en scène, Michel Fau joue à fond la carte du kitch élégant, dès le premier acte qui installe les mariés et la noce sur un gâteau géant tendances pistache et fraise. Au fil des tableaux, les décors se découvrent comme autant de pâtisseries aux couleurs saturées. Emmanuel Charles fait se succéder des toiles peintes jouant avec la profondeur et sur lesquelles s’inscrivent les éblouissants costumes de Christian Lacroix, inspirés de l’époque, dans des déclinaisons de tons stupéfiantes. Sébastien Rouland dirige avec une belle ardeur l’Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie et les membres du chœur Accentus, totalement intégrés au jeu. Dans le rôle-titre, le ténor Michael Spyres interprète brillamment une partition réputée pour ses redoutables contre-ré et Florie Valiquette, soprano québécoise, est une délicieuse Madeleine. Tous deux, ainsi que Franck Leguérinel et Laurent Kubla, sont aussi excellents comédiens, jouant les sentiments, la fantaisie, le burlesque. Et qui pour interpréter Rose, la dame de compagnie ? Michel Fau, bien sûr, que l’on découvre en praline rose, comme un double exagéré de sa maîtresse. Sa traversée du plateau en dessous de l’époque est un moment purement réjouissant. Comme toute la représentation. Un dessert de choix.

Le Postillon de Lonjumeau                            * * *

Opéra-Comique, Place Boieldieu, Paris 2e. Tél. 01 70 23 01 31. www.opera-comique.com Jusqu’au 9 avril.

 

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