Le pinceau ivre de Lassaâd Metoui

L’Institut du monde arabe ouvre ses salles à l’artiste calligraphe.

 

Pour Lassaâd Metoui, « l’ivresse est vitale », sans elle pas de création possible. C’est ainsi que l’exposition qui lui est consacrée s’intitule Le pinceau ivre. Pour le reste, il ne boit que de l’eau.

Ses noirs sont éclatants, vibrants. Comme Soulages, il fait partie des grands « cérébrants » du noir, avec sa matière à lui : des encres traditionnelles jetées sur un papier artisanal venu du Japon, de Corée ou d’ailleurs. Depuis quelque temps, l’artiste franco-tunisien, formé très jeune à l’art ancien de la calligraphie mais qui a évolué vers un travail de peintre, fait entrer dans la lumière de sa chambre noire des taches de couleur d’une peinture fluo rehaussant la beauté du noir absolu. Ici, un rond rouge, là une tache verte, une fleur bleue ou orange… Persuadé de l’importance des lettres (comme « on habite son prénom », «on existe à travers les lettres »), pour lui, la calligraphie, inspirée de la nature, a influencé tout l’art contemporain. Sur papier ou sur toile, ses compositions conjuguent les lettres de l’alphabet arabe avec des motifs ancestraux ou issus de la nature. Son inspiration, il la puise aussi bien chez les peintres occidentaux, de Delacroix à Matisse, Picasso ou Kandinsky, que dans l’art extrême-oriental.

Le travail de cet artiste majeur est en constante évolution, repensé, basé sur la réflexion et la méditation, en quête d’influences philosophiques ou poétiques, au premier rang desquelles Gaston Bachelard. Sa rencontre avec le linguiste Alain Rey a donné lieu à un livre Le voyage des mots, celle avec Yasmina Kadra, à une série sur le désert. « Sans la folie, il n’y a pas de création », dit-il encore. Quand il peint ou réalise une performance (*), corps et esprit sont en activité. L’exposition qui lui est consacrée a nécessité trois ans de préparation. Elle rassemble 135 œuvres, réparties sur plusieurs niveaux dans l’espace des collections du musée en un panorama riche et coloré, distribué en quatre séquences : « L’œil écoute », « La genèse des formes », « La passion de l’esthétisme » « L‘aventure du geste ». Le parcours d’un artiste au pinceau ivre de liberté.

(*) Lassaâd Metoui réalisera une performance lors de la Nuit des musées le 19 mai. Deux rencontres sont prévues, une avec Alain Rey en juin, l’autre avec Yasmina Kadra en septembre.

Institut du monde arabe, 1 rue des Fossés-Saint-Bernard, Paris 5e. www.imarabe.org Jusqu’au 30 septembre.

(lejdd.fr 30 avril 2018)

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