Le fantôme d’Aziyadé

Au Lucernaire, Xavier Gallais invite à un voyage dans le passé en compagnie de Pierre Loti

Adapté par Florient Azoulay et Xavier Gallais d’après les romans Aziyadé et Fantôme d’Orient de Pierre Loti, Le fantôme d’Aziyadé est l’histoire d’un amour à travers le temps. Alors qu’il est officier de marine, de passage en Turquie, Pierre Loti est attiré par une jeune femme entrevue derrière les barreaux d’une demeure. Profondément séduit par l’intensité de son regard, il met tout en œuvre pour la rencontrer. Faire la cour à une femme musulmane ? « Pour tromper l’ennui de vivre, par défi jeté à l’existence. Au début, plutôt par bravade que par amour. » Aziyadé tombera amoureuse de Loti et les deux amants se retrouveront toutes les nuits, bercés dans une caïque. La jeune femme prévient : « Quand tu seras parti, ce sera fini Aziyadé ; ses yeux seront fermés, Aziyadé sera morte. » Un jour, Loti reçoit son ordre de départ, et doit rentrer en France. Ils échangent des lettres, puis la correspondance s’interrompt. Dix ans plus tard, Loti revient à Istanbul, sur la trace de cet ancien amour. Va-t-il retrouver Aziyadé ?

Un récit envoûtant

Point d’orgue du récit, le voyage de retour de Loti à Istanbul où, pendant trois jours, il replonge dans l’atmosphère sensuelle et fascinante de l’Orient. Loti parcourt la ville sur les traces d’Aziyadé, cherche des témoins, goûte à nouveau les odeurs, les lumières, les atmosphères de la ville mais la ville s’est transformée. Et Aziyadé est morte. Il se rend sur sa tombe pour lui dire : « Je suis Loti, je suis revenu. » Lui demander : « A quoi ressemblais-tu quand tu étais une jeune fille amoureuse ? » Dans cette quête, ce besoin du passé, le texte se fait de plus en plus envoûtant, l’auteur approfondit le voyage intime, creuse sa mémoire, reconstitue les fragments du souvenir. En relation étroite avec le public, Xavier Gallais invite au pèlerinage dans l’espace géographique et dans le temps du passé, suscite des images, réveille les fantômes. Le ton est neutre, la diction précise, l’évocation intense. La création sonore d’Olivier Innocenti, la scénographie et les lumières de Luca Antonucci, à la lueur des bougies, composent une atmosphère prenante et sont partie intégrante de ce moment de poésie pure, hypnotique.

(Spectacle vu à Avignon en juillet 2019)

Le fantôme d’Aziyadé                   * * *

Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, Paris 6e. Tél. 45 44 57 34. www.lucernaire.com Jusqu’au 1er mars.

(Photo Pascal Victor/Artcom Press/Opale)

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