Le désir attrapé par la queue

En marge de la grande exposition Picasso et la guerre au Musée des Invalides, on peut assister à des représentations d’une pièce écrite par Picasso. Une rareté.

Proposer, en marge d’une exposition, une pièce de théâtre, le fait n’est pas commun et plus encore quand il s’agit d’une pièce signée Picasso, que peu peuvent se targuer d’avoir vue, et pour cause, en dehors de sa création en 1944, il n’existe guère de traces de ses mises en scène, et il est difficile de savoir quand elle a été jouée. L’opportunité de la voir constitue donc un événement en soi. Ecrite en 1941, Le désir attrapé par la queue a été jouée en 1944, au lendemain de la mort de Max Jacob dans les camps. La photo prise par Brassaï le 16 juin 1944 dans l’atelier de Picasso, rue des Grands-Augustins à Paris, immortalise les participants à la lecture de la pièce, le 19 mars dans l’appartement de Michel Leiris, tous faisant partie de l’élite intellectuelle de l’époque : Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, Jacques Lacan, Albert Camus, Leiris,… D’autres ne sont pas immortalisés, comme Raymond Queneau, présent à la création. Cette photo a servi de point de départ à la mise en scène de Thierry Harcourt qui s’est attaché à rendre la couleur de l’époque. Dans la salle Turenne, ils se présentent…

Une idée de l’écriture automatique

« Mais j’ai ici sous mon bras une belle surprise… » Ainsi Picasso annonce sa pièce. Il ne faut pas s’attendre à la révélation d’un chef-d’œuvre méconnu mais à une curiosité, un texte qui n’a rien de sérieux, quand son héros, un écrivain, s’appelle Le Gros Pied, qui a pour ami L’Oignon et qui est amoureux de La Tarte, qui dégage de mauvaises odeurs. Parmi les autres personnages, il y a aussi l’Angoisse maigre et l’Angoisse grasse… En ces temps de guerre et de pénurie alimentaire, la cuisine est une préoccupation majeure, comme le froid. Ainsi cette scène, au Sordid’s Hotel, où les orteils s’agitent à la porte des chambres : «mes engelures ! mes engelures !» Par ses ruptures, ses incongruités burlesques, ses télescopages, le texte fait penser à l’écriture automatique et au jeu du cadavre exquis inventé par les surréalistes. Mise en scène par Thierry Harcourt, elle est jouée par Delphine Depardieu (Simone de Beauvoir), Axel Blind (Raymond Queneau), Laurent Arcaro (Albert Camus), Stephan Peyran (Jean-Paul Sartre) et Robin Betchen (Pablo Picasso), impeccables passeurs de cette farce historique.

Le désir attrapé par la queue, dans le cadre de l’exposition Picasso et la guerre

. Musée de l’Armée, Hôtel national des Invalides, 129 rue de Grenelle, Paris 7e. Tél. 01 44 42 38 77.www.musee-armee.fr Jusqu’au 14 juillet les samedis et dimanches à 12 h 30, 14 h 30 et 16 h 30. Exposition jusqu’au 28 juillet.

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