La vie de Galilée


A la Comédie-Française, la pièce de Brecht mise en scène par Eric Ruf clôt la saison.

La terre tourne, et elle tourne autour du soleil. Corps céleste ordinaire, « un parmi des milliers », elle n’est plus le centre du monde. Pour avoir énoncé et affirmé cela, reprenant et démontrant les thèses de Giordano Bruno et de Copernic, Galilée (1564-1642) dût comparaître, en 1633, devant le tribunal de l’Inquisition. La place de l‘homme, créature divine, dans l’univers ne pouvait être contestée, le ciel ne pouvait être aboli. L’astronome se rétracta publiquement. Pour autant, était-ce de la lâcheté ? Ou une forme de résistance ? Car le savant continua ses recherches dans l’ombre et écrivit ses Discorsi, qui purent passer la frontière. C’est tout le propos de la pièce de Brecht, écrite en exil au Danemark en 1938 et retravaillée jusqu’en 1954, alors que l’écrivain, émigré à Hollywood en 1941, avait rejoint l’Allemagne. Pour Eric Ruf qui la met en scène, la pièce pose l’équation entre le refus de l’obscurantisme religieux et le doute fondamental posé sur la finitude de la science. De quoi interroger notre présent qui multiplie les inventions et les fake news. Quand la pièce commence, le savant est dans son bain. A ses côtés, dans son atelier, Mme Sarti, sa gouvernante, et son élève, le fils de celle-ci, Andrea Sarti. L’homme est gourmand, jouisseur, opiniâtre dans ses travaux. Généreux aussi, qui dispense ses découvertes à ses disciples. « Comment est la nuit ? » demande-t-il chaque soir.

Toiles monumentales

La mise en scène d’Eric Ruf sert le plus justement les scènes dans l’atelier de Galilée. Pour les autres, le plateau déborde de richesses : copies monumentales de toiles majestueuses des grands peintres de la Renaissance italienne (réalisées dans les ateliers de la Comédie-Française), costumes « historiques » représentatifs de chacune des castes : robes de bure aux tons naturels pour l’entourage du physicien, manteaux bruns, robes de brocard pour les marchands, gazes transparentes pour les dames, habits mordorés du côté des Médicis (étonnante Véronique Vella dans le rôle de Côme), tuniques d’apparat pour les ecclésiastiques, Christian Lacroix déploie une palette d’une richesse éblouissante, ajoutant encore à celle du décor. Tous ces tableaux, magnifiques, flattent l’œil mais écrasent le texte, qui ploie sous tant de beauté affichée, étouffé sous une esthétique flamboyante. La force de son propos y perd, le jeu des interprètes, tous pertinemment choisis et très justes, aussi : Hervé Pierre, Galilée, comme un vieil enfant obstiné, bonhomme et malin, Jean Chevalier, sensible Andrea Sarti, Thierry Hancisse, inquiétant cardinal inquisiteur, Jérémy Lopez, le petit Moine, Florence Viala, Guillaume Gallienne (en alternance avec Serge Bagdassarian), Elise Lhomeau, et toute la troupe.

La vie de Galilée                            * *

Comédie Française, Place Colette, Paris 1er. Tél. 01 44 58 15 15. www.comedie-francaise.fr Jusqu’au 21 juillet puis du 30 septembre au 19 janvier 2020.

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