La Reprise

Spectacle choc du dernier Festival d’Avignon, une confrontation entre la représentation théâtrale et le réel. 

Dans cette première partie de la série « Histoire(s) du théâtre », Milo Rau, metteur en scène et directeur du Théâtre national de Gand, braque un coup de projecteur puissant et dérangeant sur la barbarie humaine, à travers la reconstitution d’un fait divers atroce : la torture et le meurtre de Ihsane Jarfi, un jeune homosexuel, en 2012, à Liège. Cela commence par les interrogations du grand acteur flamand Johan Leysen : A quel moment commence la tragédie ? A quel moment on devient le personnage ? Suit un casting qui réunit des comédiens professionnels et amateurs, auxquels il est posé certaines questions : Sont-ils capables de jouer nus, de frapper ? Ont-ils fait des expériences extrêmes sur scène ? Ces premières interrogations sur la représentation théâtrale de la réalité une fois posées, le jeu s’organise. Le spectacle se déroule en plusieurs chapitres : La solitude des vivants, la chaleur de l’autre, la banalité du mal,… Avec des images de misère sociale en arrière-plan, les éléments de la reconstitution s’assemblent. Les interrogations des parents de la victime, la soirée dans le bar, sa rencontre avec ses meurtriers, la sauvagerie gratuite, les scènes de torture insoutenables qui conduisent à la mort de Ihsane. La tragédie à l’état pur.

« Les morts ne parlent pas mais ils nous entendent ».

Pour être au plus près du réel, le metteur en scène appuie sa démarche sur un travail d’enquête auprès des protagonistes de l’affaire et sur une économie de moyens : le Manifeste de Gand, dont il est signataire, spécifie, entre autres règles, la taille de la camionnette pour transporter les décors . La scénographie de Anton Lukas met en perspective les points de vue et reproduit le lieu de la tragédie : tandis qu’un écran projette des photos de hauts fourneaux à l’abandon, ou des vidéos montrant la misère sociale, une voiture, celle dans laquelle Ihsane sera tabassé, est amenée sur scène. Et même si le spectateur a été prévenu (« certaines scènes du spectacle sont susceptibles de heurter la sensibilité des plus jeunes »), la confrontation avec la rudesse des actes sonne littéralement. Placé en position de témoin (de voyeur ?), l’horreur ressentie, partagée par tous, agit alors comme un ressort  : « où est la transcendance derrière la misère humaine aujourd’hui ? » demande Milo Rau.

 

La Reprise                  * * *

Nanterre-Amandiers, 7 avenue Pablo-Picasso, 92 000 Nanterre. Tél. 01 46 14 70 00. www.nanterre-amandiers.com Du 22 septembre au 5 octobre. Puis tournée à Zurich, Francfort, Rome, Chur, Nantes (du 9 au 11 janvier 2019), Gand, Comédie de Reims (les 5 et 6 février) Milan. En français et néerlandais avec sous-titres.

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