La Musica Deuxième

Jacques Weber met en scène le texte de Marguerite Duras avec deux interprètes ultra sensibles

Marguerite Duras présentait sa pièce ainsi : « Ce sont des gens qui se sont aimés et qui se sont séparés. » L’auteur avait d’abord écrit La Musica en 1965, destinée à la télévision anglaise. Vingt ans plus tard, elle prolonge la pièce : c’est La Musica Deuxième qu’elle situe à Evreux, à l’Hôtel de France, mais ce pourrait être n’importe quel endroit. C’est le lieu de la séparation. Dans le hall d’un hôtel de province, donc, un couple se retrouve après s’être quitté. Trois ans ou à peu près qu’ils ne se sont pas vus, parlé. Ils reviennent sur les lieux où ils ont vécu ensemble, pour le prononcement de leur divorce. C’est le soir, chacun doit repartir de son côté le lendemain matin. Clôture d’un amour version Duras. «Rien n’est plus fini que ça de toutes les choses finies ». Comme tétanisés par ces retrouvailles, ils s’appréhendent, se frôlent, se cherchent, se respirent, revivent des moments de la passion enfuie, de l’enfer vécu. Même fini, l’amour est encore là.

La relation indicible

La mise en scène, sertie dans un décor où domine le rouge, se fond avec délicatesse dans les tours et détours de l’écriture de Duras, délivrée dans sa simplicité, sa clarté, Weber accompagnant chaque mot. Le choix de ses interprètes est essentiel, qui parviennent à rendre palpables la relation indicible, la chair du couple et c’est déchirant. Rien de maniéré ou d’emphatique dans le jeu, seulement la fragilité, la douceur de Grégory Gadebois lançant un « Ne pars pas » comme un appel, l’impulsivité, les frémissements de Stéphane Caillard. Un ton mezzo voce de confidence intime rend leurs échanges frémissants, prenants. Dans la douceur des mots, dans les évitements, les silences, on entend leurs fêlures à tous les deux, ce qui a existé et qui s’est défait, qui n’est plus mais résiste encore.

La Musica Deuxième                            * * *

Théâtre du Petit Saint-Martin, 17 rue René-Boulanger, Paris 10e. Tél. 01 42 08 00 32. www.petitstmartin.com

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