La ménagerie de verre

Au Théâtre de l’Odéon, Ivo van Hove signe une mise en scène de la pièce de Tennessee Williams, avant une tournée mondiale. Avec Isabelle Huppert

Définie par son auteur, Tennessee Williams, comme une « pièce de la mémoire », La ménagerie de verre est largement autobiographique, qui s’inspire de son histoire familiale dans les années 30 et témoigne de son amour pour sa sœur. Ecrite en 1944, elle marqua les débuts de sa carrière. Tout se passe dans la mémoire, donc. Le narrateur présente « la vérité sous la forme séduisante d’une illusion » et remonte le cours du passé. Dans la famille Wingfield, il y a la mère, Amanda, abandonnée par son mari, le fils, Tom, employé dans un entrepôt et poète à ses heures, et la fille Laura, handicapée légère, qui collectionne les objets en verre. L’appartement où ils vivent, semi souterrain, ressemble à un terrier, rendu ici encore plus oppressant dans la scénographie et les lumières de Jan Versweyveld : des tons ocre, des murs tendus d’un papier peint où s’incruste l’image du père, marquant le poids de l’absent. Dans cet univers clos, étouffant, tel un tombeau, va s’introduire, le temps d’une soirée, un invité : Jim, collègue de Tom. La venue du jeune homme va agir comme un révélateur et marquer la fin des illusions.

Une interprétation déséquilibrée

Si l’on garde en mémoire les grandes réussites de Ivo an Hove (Kings of warVu du pont, Les Damnés,…), la déception est au rendez-vous avec cette dernière mise en scène où font défaut l’exigence artistique, l’acuité et le regard aiguisé du metteur en scène flamand, jusqu’à sa direction d’acteurs trop lâche et déséquilibrée. L’onirisme de la pièce, sa sensibilité et ses mystères sont remisés. De la pièce (traduction d’Isabelle Famchon), Ivo van Hove retient essentiellement le réalisme, et la réduit au prosaïsme des situations et des personnages. Dans des costumes se fondant dans le décor, l’interprétation va dans ce sens : Isabelle Huppert caricature le personnage de la mère, exagère son hystérie, dans un jeu souvent mécanique occultant ses failles et sa mélancolie sous-jacente. Justine Bachelet fait sentir la fragilité, l’enfermement de Laura, Nahuel Pérez Biscayart exprime les aspirations et tiraillements intimes, les velléités de Tom, et Cyril Guel, Jim, trouve le juste équilibre, notamment dans la scène avec Laura. Le temps d’une danse, l’ombre du père disparaît, s’efface. Belle idée mais trop rare dans une mise en scène en manque de vision et d’inspiration.

La ménagerie de verre                   * 

Théâtre de l’Odéon, Place de l’Odéon, Paris 6e. Tél. 01 44 85 40 40. www.theatre-odeon.eu Jusqu’u 26 avril. Tournée : Comédie de Clermont-Ferrand du 4 au 8 mai, Anvers du 28 au 30 mai, Londres du 5 au 11 juin, puis Tokyo, Hambourg, Luxembourg, Athènes.

(Photo Jan Versweyveld)

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