Je parle à un homme qui ne tient pas en place

A partir de sa correspondance avec la navigateur Thomas Coville, Jacques Gamblin livre un spectacle en forme de voyage

L’homme qui est sur scène, c’est Jacques Gamblin, celui qui ne tient pas en place, c’est Thomas Coville, le navigateur et ami du comédien. Ces deux-là se sont rencontrés en 2013, sont devenus amis. Ils partagent l’amour de la mer et de la Bretagne, et une certaine opiniâtreté. Quand Coville entame son tour du monde en solitaire, en 2014, Gamblin suit sa trajectoire sur un écran et lui écrit, chaque jour ou presque. La correspondance commence le 14 janvier. Le comédien encourage son ami, l’épaule, mais celui-ci le reçoit-il seulement ? Disert, il parle de lui en même temps qu’il parle de l’autre, met en parallèle leurs aventures solitaires, la scène et la mer. Le second ne communique que rarement. Jusqu’à… l’abandon de la course, le renoncement. De cette correspondance est né un livre, et puis ce spectacle… Une toile en plastique noire traverse le plateau, simulant le clapotis des vagues. Puis c’est tout le fond de scène qui devient la surface des océans. Une petite lumière se déplace, contourne les côtes, c’est le bateau de Coville.

A chacun son océan

Sur scène, on suit l’aventure de la course en solitaire, rythmée par la relation d’amitié qui s’intensifie au fil des jours et des milles parcourus. Une complicité naît, s’affermit à travers les mots, le dévoilement de soi. « Je suis un mec qui rate, qui échoue, qui trébuche», avoue Coville. Cette conversation unique, ils ne l’auront jamais plus, « jamais plus comme ça », écrit Gamblin : « Nous fabriquons du secret. » La scénographie et la vidéo de Pierre Nouvel et les lumières de Laurent Béal, la musique rugissante comme le fracas des vagues de Lucas Lelièvre embarquent le public dans le sillage de la correspondance, dans l’intimité de l’amitié. Depuis l’écriture de son premier spectacle en solo, Quincailleries (1991), suivis du Toucher de la hanche et d’autres encore, Jacques Gamblin développe un style empreint de pudeur, de sensibilité, de grâce qui vont de pair avec son jeu, sa présence sur scène. Le corps souple, la démarche aérienne, le geste délié, il arpente la scène, nerveusement, donne un souffle à la relation fraternelle, humaine.

Je parle à un homme qui ne tient pas en place     * *

Théâtre du Rond-Point, 2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt, Paris 8e. Tél. 01 44 95 98 21. www.theatredurondpoint.fr Jusqu’au 18 novembre.

 

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