J’ai pris mon père sur mes épaules

Créée à la Comédie de Saint-Etienne, la pièce de Fabrice Melquiot mise en scène par Arnaud Meunier est au Théâtre du Rond-Point avant une tournée. Une épopée contemporaine jouée par des comédiens excellents.

C’est une pièce forte que signe Fabrice Melquiot, auteur prolixe, notamment de pièces pour enfants. A la demande d’Arnaud Meunier, directeur de la Comédie de Saint-Etienne, il a écrit cette épopée moderne qui parle de personnages d’aujourd’hui. Et si l’un des personnages s’appelle Enée, c’est que la pièce en appelle aux héros antiques. Comme celui de l’Enéide, le personnage de Melquiot s’appelle Enée et entame un périple avec son père, Roch, atteint d’un cancer. Enée décide de l’emmener loin de la cité, dans un far-west accessible : le Portugal. Pour cela, il a réuni auprès de leurs amis l’argent nécessaire au voyage. Celui-ci ne se déroulera pas comme attendu. Pour Enée, il sera de l’ordre initiatique. Les héros, ici, vivent dans une cité (excellent décor tournant de Nicolas Marié qui permet d’appréhender tous les lieux). Figure féminine centrale, Anissa, qui aime deux hommes en secret, le père et le fils, ouvre la pièce à l’instar d’un chœur antique. Un tremblement de terre menace, les murs se fissurent.

Un mélodrame épique

D’un appartement à l’autre, d’un escalier à la cour de l’immeuble, au kebab du coin, dans un style tragico-comique, Melquiot décrit la vie dans la cité d’une petite communauté, crée des personnages d’aujourd’hui, leur donne à chacun leur propre langage. « Ce que j’aime regarder, c’est la faiblesse qui se fait force, c’est le détail qui brûle au long cours », dit-il. Sa pièce, profondément humaine, a une portée politique. D’une écriture contemporaine lyrique, poétique, drue, le texte dit les difficultés du quotidien, les aspirations à un ailleurs, la précarité, l’amitié, la solidarité. Il est aussi drôle, truculent ou trivial. Il est porté par des comédiens puissants, formidablement justes : Rachida Brakni, Philippe Torreton, Vincent Garanger, Maurin Ollès, entourés de Federico Semedo, Bénédicte Mbemba, Riad Gahmi et Nathalie Matter. De l’excellent théâtre populaire et des acteurs magnifiques.

                                                                                                                   (photo Sonia Barcet)

J’ai pris mon père sur mes épaules                   * * *

Théâtre du Rond-Point, 2 bis, av. Franklin D. Roosevelt, Paris 8e. Tél. 01 44 95 98 21. www.theatredurondpoint.fr Jusqu’au 10 mars. Du 13 au 23 mars au Théâtre des Célestins, à Lyon, les 27 et 28 mars à Bonlieu, Annecy, 2 et 3 avril à Luxembourg, du 9 au 11 avril à la Comédie de Saint-Etienne, 16 au 18 avril, Sète, 24 au 26 avril, Rouen, 9 et 10 mai, à Villefranche (69), du 16 au 18 mai, Théâtre du Gymnase à Marseille, 24 mai à Thonon-les-Bains.

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