Iphigénie


Excellent début de saison aux ateliers Berthier avec la lumineuse mise en scène d’Iphigénie par Stéphane Braunschweig

Lorsque l’on pénètre dans la salle des ateliers Berthier, l’on est saisi et ébloui par l’éclairante simplicité rudimentaire du dispositif mis en place, comme un retour aux débuts du théâtre. De part et d’autre de la scène installée en bi-frontal dans la largeur, des alignements de chaises blanches enserrent le plateau. A une extrémité, quasi seul élément de décor, une porte et, en fond de scène, de part et d’autre, une vue panoramique sur la mer immense, le ciel et sa ligne d’horizon, sublime décor intemporel témoin de la tragédie. Ainsi Stéphane Braunschweig, scénographe inspiré, intègre les contraintes sanitaires à sa vision de la pièce, embarquant public et comédiens dans le même rêve théâtral. Parce que « Iphigénie, c’est un monde à l’arrêt », le directeur de l’Odéon a vu dans la pièce de Racine, une résonance avec le moment actuel. Inspirée à Racine par l’Iphigénie à Aulis d’Euripide, on y voit le roi Agamemnon contraint par les dieux de sacrifier sa fille Iphigénie pour que les vents se lèvent et que la flotte grecque puisse prendre la mer et gagner Troie, son objectif.

Beauté intense de la tragédie

Pour Agamemnon, la mort de sa fille est le prix de la conquête. Terrible dilemme entre amour filial et volonté politique, et piège cruel pour Iphigénie. « Pourquoi me perdrait-il s’il pouvait me sauver ? » demande la jeune fille. La question court au long de la tragédie, s’ancre, se débat. Les sentiments sont broyés par la volonté politique. Dans cet espace, écrin à la blancheur lumineuse, la mise en scène, magnifique de rigueur, de retenue et de tension, contient et prolonge la dimension humaine de la tragédie. Une double distribution a été prévue, les comédiens jouant en alternance. Malgré quelques légers défauts de réglage de la sonorisation, ils font clairement entendre et résonner les alexandrins. Les interprètes féminines s’imposent, notamment Suzanne Aubert, fière et digne Iphigénie, Virginie Colemyn, impressionnante Clytemnestre, et aussi, du côté des hommes, Jean-Philippe Vidal, Agamemnon torturé, et Thibault Vinçon, Achille puissant et passionné. La troupe, parfaite d’homogénéité, porte haut la pureté de la langue racinienne. Une magnifique réussite.

Iphigénie                                     * * * *

Ateliers Berthier, 1 rue André Suares, Paris 17e. Tél. 01 44 85 40 40. www.theatre-odeon.eu Jusqu’au 14 novembre.

(Photo Simon Gosselin)

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