Infidèles

Les tg Stan mettent à nu une histoire d’adultère signée Bergman. Mensonges et vérités du théâtre

Le groupe tg Stan est à géométrie variable, pour le meilleur du théâtre. Dans cette nouvelle aventure, Frank Vercruyssen et Jolende De Keersmaeker sont rejoints par Robby Cleiren, d’un autre collectif anversois de Roovers et, pour la première fois, une actrice célèbre en Belgique mais inconnue en France : Ruth Becquart, prodigieuse. A l’occasion du centenaire de la naissance de Bergman (1), ils rendent hommage au grand cinéaste suédois, que Frank Vercruyssen considère comme un auteur indispensable, au même titre que Tchekhov et Bernhardt, « pour que notre société et notre civilisation soient un peu plus saines et humaines. » Après Infidèles, d’après un scénario écrit par le cinéaste (film réalisé par Liv Ullmann) et son autobiographie Laterna magica, ils joueront Atelier, puis Après la répétition. L’histoire d’Infidèles est banale : Marianne, comédienne, épouse de Marcus, un chef d’orchestre célèbre, entame une liaison avec David, un ami du couple, et délaisse sa fille Isabelle. Jusqu’à ce que le mot « divorce » soit prononcé.

Double regard

Ce pourrait être une comédie, un vaudeville, un drame réaliste… Mais non, pas avec les tg Stan sur le plateau qui vont mettre de la vie dans le théâtre et du théâtre dans ce qu’ils jouent comme étant la vie. Bergman puisait son inspiration dans sa propre vie, les interprètes jouent avec les frontières entre vie et théâtre. Et c’est fascinant. A partir de quel geste la vie devient-elle du théâtre : un rideau que l’on tire ? Une banquette que l’on déplace ? Un vêtement qu’on enfile ? Il y a ce double regard dans la représentation, les comédiens tour à tour relatent l’histoire et l’interprètent. Quand ils la jouent, on y retrouve le regard d’entomologiste du cinéaste, une vérité humaine, une douleur, tenues à distance par l’ironie des comédiens (également metteurs en scène). Parfaitement accordés, Ruth Becquart (Marianne), Robby Cleiren (Marcus), Jolente De Keersmaeker (étonnante lorsqu’elle interprète l’enfant Isabelle) et Frank Vercruyssen (David), détachés de tout réalisme, jouent sur la même tonalité, insufflent une légèreté dans les situations douloureuses et les dialogues. Une vision passionnante du théâtre.

(1) Soirée Bergman le samedi 22 septembre, avec la projection de Persona (1966) suivie d’un échange avec Frank Vercruyssen et la cinéaste Isabelle Rèbre. A partir de 19 h, entrée libre, réservation conseillée.

Infidèles                            * * *

Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, Paris 11e. Tél. 01 43 57 42 14. www.theatre-bastille.com jusqu’au 28 septembre. Puis tournée en 2019 à Rungis, Alfortville, Marseille, Bruxelles, Lorient, Bastia, Orléans, Genève, Saint-Brieuc.

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