George Dandin ou le mari confondu

Après un passage à la MC 93, la tragi-comédie de Molière formidablement mise en scène par Jean-Pierre Vincent, continue sa tournée

Une cour de ferme, un puits fermé sur lequel danse frénétiquement un homme portant perruque : « George Dandin, vous avez fait une sottise la plus grande du monde », se dit-il. Première scène percutante où le paysan enrichi Dandin expose son infortune d’avoir épousé la jeune Angélique, fille des Sottenville, nobliaux désargentés. Devenu M. de la Dandinière, il ne peut hélas que se plaindre de l’attitude de son épouse, qui n’a pas l’intention de renoncer aux divertissements ni aux avances d’un gentilhomme des environs. « Vous l’avez voulu, vous l’avez voulu, George Dandin, vous l’avez voulu. » L’homme assiste à son propre désastre.

Des airs champêtres

Molière avait écrit la comédie pour les divertissements royaux de Versailles (en 1668) et y avait entremêlé une Pastorale composée par Lully. Trois cent cinquante ans après, c’est le berger Colin (Gabriel Durif) qui joue de l’accordéon et chante des airs champêtres, d’après des extraits de Molière et Lully. La mise en scène de Jean-Pierre Vincent donne toute sa dimension à la comédie, qui fait rire à travers la farce en même temps qu’elle dresse un état des lieux de la société française de l’époque. Et il met singulièrement en relief les caractères féminins, de la révolte d’Angélique dénonçant la tyrannie des maris et refusant de « mourir si jeune » à la liberté de ton de la servante Claudine prenant son destin en main. La scénographie onirique de Jean-Paul Chambas expose sur scène à la fois la ferme (de la paille, le cul d’une vache,…) et les rêves de grandeur grâce à la projection de façades de palais (belles lumières de Benjamin Nesme). Dans les superbes costumes de Patrice Cauchetier, les comédiens sont excellents, autour de Vincent Garanger, Dandin ridicule, médiocre, impuissant, étouffant d’une douleur sourde, Alain Rimoux et Elizabeth Mazev, les parents, Olivia Chatain, Aurélie Edeline. Une mise en scène qui, déjà, fait date.

George Dandin                   * * *

Espace des Arts de Chalon-sur Saône, du 10 au 12 coctobre, Théâtre de Beauvaisis les 17 et 18 octobre, Le Granit, Belfot, les 6 et 7 novembre.

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