Fauves

La dernière création de Wajdi Mouawad s’égare dans un mauvais feuilleton

Tout commence par une scène de tournage d’un film en VO. Une scène de meurtre dans une chambre. Le réalisateur n’est pas satisfait, recommence la prise. Musique assourdissante, changement de décor, on le retrouve dans le bureau d’un notaire, pour l’ouverture d’un testament. Sa mère est morte brutalement. Flashback, rembobinage… on retourne dans la scène du film. Une fois, deux fois, trois fois, les scènes se rejouent, pas tout à fait à l’identique. Le procédé, nécessitant de rapides et incessants changements de lieux et déplacements d’éléments de décor, de cloisons, marquera le ressassement du temps au cœur de Fauves, dernière création de Mouawad, longue digression sur la recherche des origines, la quête d’identité, avec à la clé la découverte de secrets de famille, d’un pacte conclu entre deux femmes, le tout entre Europe et Canada, en passant par le Kazakhstan, et pour finir… dans l’espace. Au passage, une halte dans un hôpital du Groenland quand le héros, un quinquagénaire antipathique, disjoncte.

Une direction d’acteurs inégale

La proposition est ambitieuse, qui voit un metteur en scène changer d’angle de vue et remonter sans cesse son travail. Le mécanisme se répète, alourdit l’histoire déjà alambiquée. Car le héros, Hippolyte Dombres va aller de découverte en surprise sur le passé de sa mère, révéler des secrets enfouis. Mais l’auteur accumule les clichés, multiplie les histoires dans l’histoire, les rebondissements attendus et les ingrédients d’un mauvais feuilleton : meurtre, trahison, suicide, inceste… répartis sur différents lieux, se moque des invraisemblances, caricature ses personnages à grands traits. Trop, c’est trop. On est bien loin, ici, de l’écriture aboutie, la direction maitrisée de Tous des oiseaux. Sophistication de l’intrigue, complaisance dans la violence des mots, la sauvagerie, l’écriture de cette dernière pièce manque d’exigence, accumule les facilités, les banalités et tombe dans la vulgarité gratuite, voire la démagogie. On ne peut qu’admirer Jérôme Kircher pour sa capacité à passer d’une situation à l’autre, à rejouer les mêmes scènes, Norah Krief est parfaitement sensible mais il n’en va pas de même avec certains des autres comédiens, comme Lubna Azabal, Hugues Frenette, ou Gilles Renaud qui manquent d’une direction solide. Mais cela devrait sans doute s’améliorer.

Fauves                           *

Théâtre de la Colline, 15 rue Malte-Brun, Paris 20e. Tél. 01 44 62 52 52. www.colline.fr Jusqu’au 21 juin.

No Comments Yet

Comments are closed