De si tendres liens

Deux magnifiques comédiennes interprètent la pièce de Loleh Bellon

 

Avant d’être auteur dramatique, Loleh Bellon a été comédienne. Et il est à croire que son expérience de la scène et du cinéma a nourri les personnages qu’elle a créés, à partir de 1976, quand elle s’est consacrée à l’écriture dramatique. Parmi les huit pièces à son actif, la première, Les Dames du jeudi, à l’écriture pointilliste, a reçu le prix Ibsen 1977. De si tendres liens, à la veine intimiste teintée de réalisme, date de 1984. Quels sont-ils ces « si tendres liens » ? Ceux qui unissent une mère et sa fille et durent le temps de leur vie, et ne s’effacent jamais. Loleh Bellon construit sa pièce comme une boucle, de la fin au commencement, et du commencement à la fin. Charlotte est âgée, sa tête, son corps sont fragiles, sa fille Jeanne lui rend visite régulièrement, s’occupe d’elle, et s’inquiète. La relation s’est inversée lentement, sûrement. Lorsqu’elle était petite, Jeanne réclamait la présence de sa mère, ne voulait jamais qu’elle la quitte, puis le temps de l’adolescence passé, l’âge adulte venu, une distance s’est installée, qui va se rétracter.

Loleh Bellon déroule les moments essentiels qui balisent la relation mère-fille. Que reste-t-il de l’enfance ? Pourquoi tel instant s’est fiché dans la mémoire, telle phrase dans le souvenir, pour marquer le reste de sa vie ? Ce sont ces mystères que l’auteur laisse affleurer. Le sujet pourrait prêter au sentimentalisme, l’auteur, tout en finesse et pudeur, l’évite. En scènes courtes, elle dit l’essentiel, la réalité d’une relation faite de moments partagés, suggère les ratés, les non-dits, les frustrations, les ressentis de chacune, les  souffrances et les manques, énonce les reproches et les regrets, donne de l’intensité et de l’épaisseur aux plis du temps, passé et présent. Sobre, légère et claire, la mise en scène de Laurence Renn Penel suit ces élans du cœur d’une mère et d’une fille, qui pourraient être soeurs, interprétées avec une justesse de ton exemplaire par Christiane Cohendy et Clotilde Mollet. L’une, sur un fil tendu entre mélancolie et fragilité, incarne la mère agitée et coquette puis la femme vieillie, inquiète, désemparée, et l’autre, pudique, précise, la fille en manque d’affection puis la femme rugueuse, encore encombrée de son enfance.

De si tendres liens       * *

Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, Paris 6e. Tél. 01 45 44 57 34. www.lucernaire.fr Jusqu’au 20 octobre. 

 

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