Bananas (and kings)

Dans sa dernière création, Julie Timmerman s’attaque aux multinationales

Après Un démocrate, créée en 2016 (1), autour du personnage d’Edward Bernays, inventeur des relations publiques et des techniques de manipulation, Julie Timmerman s’attache à dénoncer, dans ce dernier texte, le fonctionnement prédateur des multinationales. Ici, la United Fruit Company, compagnie bananière américaine fondée en 1899 par Minor Keith. Installée en Amérique centrale, elle va étendre peu à peu son empire sur le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras, la Colombie… Découpé en trois actes, le texte de Julie Timmerman déroule la saga de la United Fruit Company jusqu’à ces dernières années, après être devenue la Chiquita Brands International en 1989. Il commence par un procès, en 2012, sur l’utilisation des pesticides, quand les dirigeants affirment : « nous ne sommes pas responsables ». Et de remonter les années, à l’installation du chemin de fer dans les régions convoitées, aux manœuvres de la « pieuvre » pour étendre ses tentacules. La liste des « pays faits » s’allonge, au prix d’expropriations brutales, de pillages des terres, de violation des droits et d’une exploitation violente des autochtones.

Une action aux multiples rebondissements

Julie Timmerman met en scène, outre des personnages de fiction, les véritables protagonistes de l’histoire. Son théâtre, fortement documenté, brosse une épopée d’aujourd’hui où, dans une veine brechtienne, les méchants puissants broient les plus faibles, quand corruption rime avec pollution, lobbysme avec esclavagisme, démontrant ici l’implacable processus de colonisation d’un continent par l’économie. Jusqu’à l’épisode politique au Guatemala, au rêve brisé d’une démocratie, celui de Jacobo Arbenz, et au coup d’Etat de 1954. En toile de fond, la dimension écologique évoque fatalement la disparition de la forêt amazonienne, ou encore les dégâts des pesticides. Très vif et percutant au cours des deux premiers actes, le texte devient ensuite plus touffu, perdant en cours un peu de rythme, mais le retrouve au final. Les quatre comédiens – Anne Cressent, Mathieu Desfemmes, Jean-Baptiste Verquin, Julie Timmerman- interprètent tous les personnages, quarante-trois au total, dans une scénographie mobile de Charlotte Villermet. Des éléments d’un décor minimaliste permettent de passer en un instant des scènes de campagne d’Amérique centrale aux bureaux de Boston, aux séquences de tribunal, à la résurgence de fantômes ou d’ancêtres mayas. La démonstration est efficace.

(1) Vient de paraitre, C&F éditions – Caen master édition.

Bananas (and Kings)                  * *

La Reine Blanche, 2 bis passage Ruelle, Paris 18e. Tél. 01 40 05 06 96. www.reineblanche.com Jusqu’au 1er novembre. Tournée : Rueil-Malmaison 3 et 4 novembre, Orly 13 novembre, Fresnes, 20 novembre, Kremlin-Bicêtre 11 décembre, Charenton-le-Pont 5 février 2021, Cambrai 11 février, Lésigny 5 mars, Les Ulis 9 mars, Saint-Michel-sur-Orge 13 avril, Saint-Genis-Pouilly 27 mai.

(Photo Pascal Gely)

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