Angels in America

Salle Richelieu, Arnaud Desplechin met en scène la pièce de Tony Kushner sur les années sida

 

Pour sa deuxième collaboration avec la troupe de la Comédie-Française, après Père de Strindberg,  le cinéaste Arnaud Desplechin a choisi de mettre en scène Angels in America, pièce emblématique de Tony Kushner sur le sida, dans une version scénique réduite (l’intégralité de la pièce, composée de deux parties, dure sept heures). Créée à San Francisco en 1991, jouée à Broadway en 1993, récompensée du Prix Pulitzer et du Tony Award, son succès est international. Séduit par « l’impureté de la poétique de Kushner » qui se présentait comme « juif, homosexuel et marxiste », Arnaud Desplechin a voulu introduire sa « subversion » sur la scène de Richelieu et pour mieux représenter les rapports amoureux des personnages, a condensé les deux moments, Le Millenium approche et Perestroïka en un texte réduit. Beaucoup moins scandaleuse que lors de sa création, la pièce de Kushner, traduite par Pierre Laville, entremêle l’intime et le politique, le prosaïque et le merveilleux. Elle garde ses lourdeurs démonstratives et relève davantage aujourd’hui de l’exercice de mise en scène et du document d’époque sur les années sida dans l’Amérique des années Reagan.

Un personnage pivot

La mise en scène de Desplechin découpe la pièce en scènes courtes s’enchainant comme des plans cinématographiques. On passe du bureau de l’avocat Roy Cohn à l’appartement de Joe Pitt et de sa femme Harper, puis à celui de Louis, à Central Park, à la chambre d’hôpital, etc. Mort du sida en 1986, Roy Cohn a réellement existé. Il est le personnage pivot de la pièce, « hétérosexuel qui s’éclate avec des mecs ». Juif et antisémite, homophobe et raciste, avocat maître en corruption de McCarthy et du jeune Trump, il contribua à la condamnation à mort des époux Rosenberg. D’ailleurs le fantôme d’Ethel vient le hanter. Mais d’autres apparitions, celles des anges, planent sur la scène. Michel Vuillermoz s’approprie la méchanceté de Cohn, provocateur, antipathique à souhait, ouvertement abject. Tel un ogre, il domine la représentation, parfaitement entouré par Christophe Montenez (Joe), Jérémy Lopez (Louis), Clément Hervieu-Léger (Prior), Jennifer Decker (Harper), Gaël Kamilindi (Mister Trip), Florence Viala, l’ange de l’Amérique, et Dominique Blanc, tour à tour rabbin, mère mormone possessive ou bolchevik. Tous jouent plusieurs personnages dans cette pièce témoin d’une époque, qui perd ici de sa démesure.

Angels in America                   *

Comédie Française, Place Colette, Paris 1er. Tél. 01 44 58 15 15. www.comedie-francaise.fr Jusqu’au 27 mars.

(Photo Christophe Raynaud de Lage)

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