La Dama Boba

Au Théâtre 13, Justine Heynemann met en scène une comédie de Lope de Vega, débridée et irrésistible.

Qui est-elle, cette Dama Boba, ou celle que l’on trouvait idiote, héroïne de la comédie de Lope de Vega ? Finéa, gentille niaise qui ne sait pas lire, mais très richement dotée et sœur cadette de Nise, brillante érudite courtisée par de jeunes poètes prétentieux. Leur père a projeté de marier Finéa au fils d’un marchand mais lorsque celui-ci la rencontre, il se détourne vers son aînée, laissant la jeune idiote tomber amoureuse de Laurencio, poète prétendant de Nise. Et voilà que l’amour ouvre l’esprit de Finéa, et que les cartes sont redistribuées. Se dégageant des images formatées de la féminité, ces deux héroïnes réussiront à fléchir l’autorité paternelle. Si le ton, la manière sont différentes, on n’est pas loin de Molière quant à la vision de la place des filles dans la société de l’époque : « Pourquoi Dieu a-t-il permis que vous parliez ? » Ecrite en 1613, la pièce est aussi célèbre en Espagne que Les Femmes savantes (écrite plus tard) en France. Ecrivain prolifique du Siècle d’or espagnol, Lope de Vega y fait preuve de modernité en questionnant la place de la femme et en proposant une réflexion sur la définition de l’intelligence.

Revirements amoureux

Pour restituer la fougue et l’audace de cette comédie, Justine Heynemann la situe dans un décor quasi vierge, le plateau étant uniquement occupé par deux grands lits accolés. La scénographie de Thibaut Fack joue avec des cloisons sur lesquelles glissent des stores, ouvrant au fil des situations sur des horizons possibles. Traduite et adaptée par Benjamin Penamaria, la mise en scène laisse la voie à la folie des revirements amoureux, à des scènes de séduction au comique irrésistible comme aux affrontements. Avec un jeu corporel très libre et physique, voire sportif, une chorégraphie énergique des déplacements, le rythme de la comédie est enlevé, dopé par des chansons espagnoles, dont Me gustas tu pour un final échevelé. Le jeu vif et débridé n’altère en rien la diction claire des interprètes, dont celle de Roxane Roux, fine idiote éclairée par l’amour.

La Dama Boba                           * * *

Théâtre 13 Jardin, 103 A boulevard Auguste Blanqui, Paris 13e. Tél. 01 45 88 62 22. www.theatre13.com Jusqu’au 17 février.

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